Afflux de migrants algériens jeunes et diplômés vers l’Espagne

Saignée des forces vives de la nation algérienne ou petite poussée migratoire sans conséquences ? Toujours est-il que de plus en plus de jeunes et de travailleurs issus de la classe moyenne, écrit Le Monde du 19 décembre 2017, passent par Oran pour gagner l’Espagne.

On pensait l’Algérie à l’abri de la tentation européenne, il n’en est rien. L’armée algérienne arrête un nombre grandissant de jeunes candidats au départ, soit 5 000 en 2017, trois fois plus qu’en 2016. En face, c’est Almeria, à 178 km.

« Ici, les jeunes n’ont pas de place. On fait des extensions de contrat à ceux qui ont 60 ans, mais un jeune de 28 ans ne trouve pas de travail, déplore un pêcheur. Des harragas [ceux qui brûlent les frontières, NDLR], il y en a depuis les années 1990. Les enfants [de cette époque] ont grandi, ils veulent faire pareil maintenant. »

La menace de condamnation (entre 2 et 6 mois de prison) des partants qui sont expulsés de l’étranger ne freine pas les vélleités de départs. Voici ce qu’un jeune homme arrêté avant de prendre la mer a dit au juge :

« Si vous avez un emploi, donnez-le moi. Sinon, je vous jure que je reprends la mer dès que je sors du tribunal. »

Même titulaires de diplômes universitaires, les Algériens ne trouvent pas de travail salarié facilement. Si avant une majorité de non-diplômés partait, aujourd’hui, c’est l’échelon supérieur qui semble voir son avenir hors du pays.

L’article se termine sur une dure réalité :

« Ce n’est pas tellement qu’ils veulent partir en Europe, dit-il. C’est surtout qu’ils ne veulent pas rester ici. »

Un autre article du Monde, publié le 27 décembre 2017, évoque la situation de l’autre côté, celui du pays receveur, l’Espagne. Où la crise économique ne facilite pas l’intégration des nouveaux arrivants.

L’Espagne a accueilli ou vu arriver officiellement 26 500 migrants en 2017, au troisième rang européen derrière l’Italie et la Grèce. Et c’est depuis l’été que les autorités ont vu la proportion d’Algériens augmenter à toute vitesse, à l’instar des embarcations qui sont de plus en plus rapides entre les deux côtes.

En Espagne comme en France, les centres d’accueil – ou de rétention – sont saturés. Des centres sont d’ailleurs en cours de construction. Sinon, ce sont des prisons au confort rudimentaire mais « humain ». Les ONG râlent, mais c’est mieux que les campements, arguent les autorités, avec un regard appuyé vers la France… Mais l’accueil plus ou moins provisoire n’empêche pas les expulsions, qui s’opèrent en bus puis en ferries.

D’après les analystes des grands courants migratoires, l’afflux de réfugiés africains en général et algériens en particulier – même s’il ne faut pas exagérer le phénomène, qui est récent – est dû à la fermeture des routes de Turquie et de Grèce, pays réellement en overdose de migrants. Sans oublier la dangerosité croissante, comme le note Le Monde, des côtes libyennes. Où les nouvelles autorités, malgré la fragilité du pays, ferment une à une les filières de migration.

L’Algérie, pays de transit vers l’Europe, devient un pays de départ :

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