Ce que l’on sait du crash d’un An-26 à la base aérienne russe en Syrie

An-26

© Sputnik. Vitaly Ankov

Un avion de transport militaire An-26 s’est écrasé en Syrie, les 39 personnes à son bord n’ont pas survécu, écrit lundi le quotidien RBC. Il s’agit de la plus grande perte pour le ministère russe de la Défense dans cette campagne. Les experts admettent aussi bien une défaillance technique qu’une erreur de l’équipage.

Mardi 6 mars, la plus grande catastrophe aérienne de toute la campagne russe en Syrie s’est produite à la base aérienne russe de Hmeimim: le ministère de la Défense a rapporté qu’un An-26 s’était écrasé au moment de l’atterrissage. Selon RBC.

«D’après le rapport local, l’avion n’a pas été attaqué», indique le communiqué du ministère. Ce dernier précise également que toutes les personnes à bord étaient des militaires russes. «27 officiers, dont un général, sont morts, ainsi que des sous-officiers et des militaires sous contrat», indique le communiqué du ministère. Selon les sources, le général Vladimir Eremeev compte parmi les victimes. Le ministère a promis d’apporter une aide aux familles et aux proches des défunts.

Les militaires supposent un dysfonctionnement

Un groupe d’enquête a été formé pour mener l’investigation sur ce crash, à laquelle une commission du ministère de la Défense participe également. Le service de presse du parquet militaire ajoute avoir organisé une vérification suite au crash de l’An-26. Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a rendu compte du crash au président russe Vladimir Poutine, a indiqué le porte-parole du président Dmitri Peskov.

A titre de version préliminaire, le ministère invoque une défaillance technique de l’avion.

Selon le Comité d’enquête russe, l’avion effectuait un vol planifié au-dessus du territoire syrien. D’après les informations préalables, il a percuté le sol à 500 m de l’aéroport de Hmeimim. Une enquête pénale a été ouverte en vertu de l’article 351 du Code pénal (infraction des règles de vol entraînant des conséquences graves). «C’est un article standard pour ce genre de cas», explique Alexandre Romanov, spécialiste de la sécurité des vols.

Au moment de la catastrophe, le chef de l’état-major des armées Valeri Guerassimov se trouvait à la base syrienne de Hmeimim, selon une source du ministère. D’après cette dernière, il n’était pas présent à bord de l’avion qui s’est écrasé.

Au sein de l’armée de l’air russe, l’An-26 représente le principal moyen de transport et participe également aux opérations de recherche et de sauvetage. «C’est un appareil assez répandu et fiable. Il est très confortable et simple à manœuvrer», témoigne l’ancien pilote militaire Vitali Sokolovski.

«De par mon expérience, je peux dire que l’An-36 est un avion de transport militaire fiable. Il affiche d’excellentes caractéristiques techniques. Et il passe une révision obligatoire avant le décollage. Quoi qu’il en soit, il est trop tôt pour dire quelque chose à chaud. Avant de tirer des conclusions sur les causes du crash, il faut mener une expertise et enquêter sur l’événement», a déclaré Viktor Bondarev, ex-commandant de l’armée de l’air russe et président du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe) pour la défense et la sécurité.

Les conditions météorologiques n’ont pas pu conduire à cette situation catastrophique en Syrie, déclare Evgueni Tichkovets, spécialiste du centre météorologique Phobos. «Les conditions météorologiques en Lattaquié au moment de la catastrophe étaient les suivantes: 9 points dans la strate supérieure et moyenne, des nuages à une altitude supérieure à 2,5 km, une visibilité de 15 km, un vent du sud-est à la surface, faible, à 4 m/s. Aucun phénomène dangereux n’était observé dans la zone de l’aérodrome», précise l’expert.

L’expert militaire et colonel de réserve Andreï Paioussov suppose que le facteur humain pourrait être la cause de l’incident.

Il rappelle que l’An-26 est un avion réduit. En général, avant le décollage, le mécanicien de bord installe les passagers de manière équilibrée sur les côtés, tandis que les sacs et le fret restent au centre — sinon le déséquilibre pourrait faire basculer l’avion, explique Andreï Paioussov. «La vitesse de l’avion est réduite: près de 450-500 km/h en fonction de la direction du vent, pendant un vol à une altitude de 5-7 km. Et au moment de l’atterrissage elle est encore plus basse — 120-150 km/h. Il faut savoir qu’à 500 m de la piste d’atterrissage, l’avion amorce déjà l’atterrissage à ras du sol, et même en cas de panne des moteurs il peut planer et atterrir sur le «ventre». Certes, le train sera désintégrera, mais l’avion ne sera pas considérablement touché, qui plus est à basse vitesse», poursuit l’expert. Peut-être que l’avion a tenté d’atterrir avec une «approche afghane», c’est-à-dire presque à la verticale, et à l’étape finale les pilotes n’ont pas réussi à maintenir l’appareil au-dessus du sol. Soit, admet l’expert, le pilote a dû manœuvrer brusquement pour une certaine raison avant l’atterrissage, mais la poussée des moteurs et la vitesse ne suffisaient plus pour manœuvrer.

Les experts de l’aviation militaire interrogés n’écartent pas l’éventualité d’une défaillance technique. Quand les conditions météorologiques permettent de manœuvrer, la version privilégiée est celle d’une défaillance technique de l’avion, déclare Vitali Sokolovski. «Dans ce cas, plusieurs défaillances techniques auraient pu se produire: une panne du système de contrôle, une panne du système d’alimentation en carburant et une panne des systèmes de navigation», dit-il.

L’An-26 à hélices connaît souvent des dysfonctionnements de moteur, affirme un pilote qui a manié l’An-26 dans la zone des opérations. «Quand un moteur tombe en panne avant un atterrissage, les pilotes activent le système de mise en drapeau, qui permet d’atterrir en planant», explique le pilote. Quand l’hélice est mise en drapeau elle tourne librement sous l’effet du flux aérien sans créer de résistance. Mais dans l’impossibilité de placer les hélices dans cette position, l’avion pourrait manquer d’altitude pour arriver jusqu’à la piste d’atterrissage, précise l’expert.

Si un moteur est tombé en panne et que la mise en drapeau a été retardée, cela a pu entraîner la catastrophe, déclare le général Vladimir Popov, pilote émérite. «La vitesse étant déjà basse et le sol très proche, toute inclinaison de l’appareil peut conduire au crash», affirme le pilote. «C’est une situation typique pour l’An», souligne Vladimir Popov.

D’après Vitali Sokolovski, on ne peut pas comparer la catastrophe actuelle de l’An-26 au crash de l’An-148 dans la région de Moscou le 11 février. «Ce sont deux avions complètement différents — leurs systèmes de navigation et de pilotage et les moteurs sont différents», explique-t-il.

La Russie a lancé l’opération militaire en Syrie en septembre 2015. Fin décembre 2017, le président russe Vladimir Poutine a ordonné le retrait des troupes de Syrie. Après cela, les terroristes ont perpétré plusieurs attaques contre les sites et les forces militaires russes. En particulier, la nuit du Nouvel an, les terroristes ont attaqué la base aérienne de Hmeimim avec huit drones. Une autre attaque de drones a été lancée dans la nuit du 5 au 6 janvier. L’attaque ne visait pas seulement la base de Hmeimim, mais également le site logistique de la marine de Tartous. Dans la soirée du 3 février, les terroristes ont abattu un Su-25 russe dans la province d’Idleb. Son pilote Roman Filippov s’est éjecté mais il a été tué dans l’affrontement contre les terroristes au sol.

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur de l’article repris d’un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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