Les perruches à collier envahissent les Pays-Bas

On peut être un bel oiseau, et néanmoins une espèce invasive. Endémique en Afrique et Asie, les perruches à collier (Psittacula krameri) sont élevées en Europe pour la beauté de leur plumage vert vif. Mais parfois, le nombre de ces volatiles exotiques explose. C’est notamment le cas aux Pays-Bas, où le débat autour de ces oiseaux fait rage, ravivé par un récent classement qui compte ces oiseaux parmi les 100 espèces les plus invasives. Le journal scientifique Biological Invasions mentionnait en effet l’oiseau parmi les espèces de nuisibles les plus envahissantes d’Europe, en décembre 2017. Cet oiseau vert au bec rouge est toutefois encore absent de la liste officielle de l’Union européenne qui recense une cinquantaine de plantes et animaux exotiques nuisibles, dont la population doit être contrôlée dans tous les Etats membres.

Plus de perruches aux Pays-Bas qu’en France

Près de 15.000 de ces perruches nichent dans les villes néerlandaises alors qu’elles ne sont qu’environ 10.000 en France, un pays quinze fois plus grand que les Pays-Bas, selon des estimations d’ornithologues. Avec leur apparence exotique, elles inspirent la sympathie des promeneurs dans les parcs. Mais de nombreux Néerlandais n’en peuvent plus : elles pillent les nids des sittelles, hiboux ou chauves-souris, abîment les arbres fruitiers, et abrègent les grasses matinées du dimanche avec leurs jacassements incessants… Récemment, les habitants d’une rue huppée du centre-ville, bordée d’ambassades et proche du palais royal, se sont plaints d’excréments de perruches qui recouvraient la rue, une photo qui s’est étalée dans les médias locaux.

BRUIT. « Des habitants envisagent même de déménager à cause du vacarme infernal qu’elles font », s’exclame le juriste Wilfred Reinhold, qui bataille contre ces perruches afro-asiatiques avec l’association qu’il a fondée en 2006 pour lutter contre la présence des espèces invasives exotiques aux Pays-Bas.« Ces oiseaux sont bien jolis mais ils provoquent de nombreux dégâts », fustige-t-il au pied du parlement néerlandais à La Haye, l’oeil sur des bourgeons de marronniers mangés ou abîmés. L’histoire court même qu’un débat au sein de la chambre basse avait, un jour, dû être interrompu à cause des cris des perruches installées dans les arbres au pied du bâtiment, rapporte-t-il.

Interdiction de nourrir les perruches

Comme à Londres ou à Paris, la perruche à collier se multiplie dans les zones urbaines néerlandaises depuis cinq décennies. A Amsterdam, où niche une des plus grandes colonies des Pays-Bas, la mairie a mis en place une interdiction de nourrir les oiseaux dans certains quartiers, notamment pour cantonner l’évolution des perruches. Les contrevenants s’exposent à une amende de 70 euros. « C’est le seul moyen d’empêcher que l’espèce ne se multiplie davantage, car elles ont besoin de la nourriture qu’elles trouvent dans les mangeoires des habitants pour traverser l’hiver », explique Wilfred Reinhold.

IMPORTATION. Mais pour le biologiste néerlandais Roelant Jonker, « affirmer que les perruches nuisent aux autres espèces est tout simplement faux. Certes, elles sont plus puissantes que les petits oiseaux européens, mais leur présence n’a aucun impact écologique sur la croissance des populations des oiseaux indigènes », estime-t-il. Bien qu’allergique au plumage de ces volatiles, Roelant Jonker, spécialiste des perroquets, multiplie les voyages dans le monde pour plaider la cause de certains oiseaux en voie de disparition et aider à leur réintroduction. « Ces bouleaux ont bien été importés par les Romains. Aujourd’hui, ils sont une partie intégrante du paysage néerlandais. Dans une génération, il en sera de même pour les perruches à collier », arrivées du Pakistan il y a plusieurs décennies, souligne-t-il. « Le changement est la seule constante de la nature ».

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