Une mygale Selenocosmia fait le buzz sur la toile

Alerte arachnophobie. C’est une belle bête qui vient d’être sauvée des inondations en Australie. Au bord de l’Herbert River, des passants ont porté secours à une araignée accrochée aux branches d’un arbre pour lui éviter la noyade certaine qui l’attendait en contrebas. La dodue demoiselle – d’une quinzaine de centimètres d’envergure, à en juger par la vidéo publiée – s’est agrippée au morceau de bois tendu par les secouristes improvisés, qui l’ont ramenée sur la terre ferme et l’auraient déposé plus loin dans un avocatier.

La vidéo de sauvetage n’a pas échappé à Christine Rollard, biologiste et arachnologue française contactée par Sciences et Avenir. « On aperçoit l’araignée sur les branches d’un arbre mais elle est terricole : elle vit sur la terre ferme, dans un terrier. Elle a du monter dans l’arbre pour échapper aux inondations. » Peut-elle l’identifier ? « Cette araignée appartient visiblement à la famille des Theraphosidae, qui compte le plus d’espèces au monde, et en particulier de grande taille. Celle-ci, qui en fait a priori partie, pourrait être du genre Selenocosmia. » Selon elle, les espèces de cette famille peuvent vivre « au moins d’une dizaine d’années ». Les plus grands spécimens atteignent au stade adulte une taille de 10 cm à 15 cm pour le corps, sans les pattes. « Ce sont de belles bêtes ! » se réjouit la spécialiste. De quoi en faire rebrousser chemin plus d’un.

Environ 2.900 espèces de mygales dans le monde

L’araignée de la vidéo est carnivore. Le menu changera selon ce qu’il y a à se mettre sous les crochets. Christine Rollard estime que la demoiselle australienne déjeune « des insectes, des petits lézards, des micro-mammifères locaux – les équivalents locaux de nos souris ». De même, un congénère est très alléchant (d’un point de vue arachnéen). « Le plus gros prédateur des araignées, ce sont elles-même. La majorité des plus de 47.300 espèces d’araignée sont solitaires. Quand elles se croisent, elles peuvent s’attaquer. » Miam.

Impossible de définir avec certitude l’espèce à laquelle notre star à huit pattes appartient. « Il existe près de 2.900 espèces de mygales dans le monde, on ne peut pas identifier celle-ci uniquement à partir d’une image, précise notre spécialiste. Il faudrait observer à la loupe binoculaire différents caractères sur le corps comme la position de ses yeux, les crochets, la forme des filières – les tubes qui produisent les fils – ou encore les soies qu’elle porte à la surface du corps et des pattes » (attention à ne pas qualifier de « poils » les « soies » de la bête !). « Les espèces se distinguent aussi parfois par leurs organes de stridulation ». Stridulation, comme les criquets et les cigales ? Tout à fait. Quand on dérange madame, elle le fait savoir. « D’ailleurs dans l’une des vidéos j’ai cru entendre qu’elle émettait des sons quand ils essayent de l’attraper. Ce sont des réactions de défense. »

Réactives mais pas agressives

« C’est pas la petite bête qui va manger la grosse. » Si ce dicton est le cadet des arguments qu’un arachnophobe souhaite entendre, il fait pourtant mouche. Christine Rollard soutient qu’« il n’y avait aucun danger pour les personnes qui ont sauvé la mygale. » Elle renchérit : « Les araignées ne sont pas agressives, elles ont exclusivement des réactions de défense vis-à-vis de l’homme. Elles n’attaquent que leurs proies. » Certaines espèces restent cependant « réactives » : elles mordent si elles se sentent en danger plutôt que de prendre la fuite. Si cela arrive à un être humain, « il n’existe pas de risque mortel, rassure la spécialiste. Toutes les araignées sont venimeuses, mais elles utilisent en priorité leur poison pour tuer leur proie et liquéfier ses tissus. Pour se défendre, elles peuvent ne faire qu’une morsure dite « sèche » ou « blanche », sans venin. »

Quand bien même une goutte du poison se retrouverait dans nos tissus humains, « une réaction locale individuelle peut apparaître. Elle sera peut-être douloureuse pour cette espèce au regard de la taille des crochets, mais pas mortelle. » Christine Rollard livre une dernière anecdote. « Les araignées ne mangent pas, elles boivent. Elles prédigèrent leurs proies et les absorbent ensuite par la bouche. En conséquence, elles font des crottes liquides ! » Nous voilà rassurés. On souhaite bonne route à cette mygale australienne !

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