L’UE divisée après les frappes contre la Syrie

Les frappes effectuées en Syrie par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni sont loin de faire l’unanimité au sein de l’UE. Le chef de la diplomatie française Jean-Yves le Drian va chercher à resserrer les rangs au cours d’une réunion avec ses homologues lundi à Luxembourg.

La chancelière allemande Angela Merkel a jugé les frappes «nécessaires» et «appropriées». Mais le mot d’ordre dans les autres capitales de l’Union est à la mise en garde contre toute escalade militaire.

Tous les Etats membres en conviennent: l’utilisation d’armes chimiques — dont est accusé le régime syrien — le 7 avril contre le fief rebelle de Douma, près de Damas, est inacceptable et ne doit pas rester impunie.

La déclaration publiée samedi au nom des 28 par la représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini insiste sur la nécessité de faire «rendre des comptes» aux responsables de crimes de guerre. Mais elle ne justifie pas les frappes. De même, Jean-Claude Juncker a insisté sur la condamnation du recours aux armes chimiques dans son propore communiqué, sans évoquer un quelconque soutien aux frappes effectuées par deux pays de l’UE aux côtés des Etats-Unis.

«Ce n’est pas une surprise», a-t-on expliqué de source européenne.

Les 28 sont divisés. A un bout de l’échiquier: la France et le Royaume-Uni. A l’autre: les neutres. Entre les deux: les membres de l’Otan, dont beaucoup sont partagés sur les frappes. Comme le prouve la réaction de l’Italie, assurant que cette «action circonscrite (…) ne sera pas le début d’une escalade».

«La déclaration des 28 est le maximum qui pouvait être dit», a-t-on insisté. Le soutien de l’Otan a, lui, été plus explicite.

Nombre de gouvernements européens sont contrariés car ils craignent la réaction de Vladimir Poutine, soutien du président syrien Bachar al-Assad.

La veille des frappes, le président russe avait mis en garde contre tout acte «irréfléchi et dangereux en Syrie» qui pourrait avoir des «conséquences imprévisibles», lors d’un entretien avec le chef de l’Etat français Emmanuel Macron.

 «Rester unie» 

«Il faut que l’Union européenne reste unie. Il faut éviter que chaque pays puisse mener une politique autonome vis-à-vis de Moscou. C’est important pour que l’UE existe», plaide un responsable européen sous couvert de l’anonymat.

Moscou tire avantage des divisions au sein de l’Union européenne. Les réactions après l’empoisonnement au Royaume-Uni de l’ancien agent double russe Sergueï Skripal — attribué par Londres à la Russie — l’ont démontré.

«Tout le monde a fait le même constat. Tout le monde a eu la même lecture des faits, mais tout le monde n’a pas répondu de la même façon», souligne une source diplomatique européenne.

Au total, 19 pays membres de l’UE ont expulsé des diplomates russes de leur territoire, cinq ont simplement rappelé leur ambassadeur pour consultations et trois n’ont pas bougé. Et il aura fallu beaucoup de persuasion pour convaincre les 28 d’incriminer Moscou.

Lors de leur réunion mensuelle à Luxembourg, les ministres des Affaires étrangères des 28 vont tenter de s’entendre sur la politique à mener avec Moscou afin de tenter de trouver un règlement à la guerre qui déchire la Syrie.

«On ne peut pas continuer ainsi. Nous devons accroître la pression sur la Russie pour l’amener à changer d’attitude. C’est la condition sine qua non pour régler la question du conflit syrien», a estimé le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas.

«Il faut espérer maintenant que la Russie comprenne qu’après la riposte militaire (…), nous devons joindre nos efforts pour promouvoir un processus politique en Syrie qui permette une sortie de crise. La France est disponible pour y parvenir», a renchéri dimanche son homologue français, Jean-Yves Le Drian.

Dans une interview télévisée, dimanche soir, Emmanuel Macron a expliqué qu’il voulait «convaincre» les Russes et les Turcs de venir à la table des négociations, insistant sur le fait qu’il voulait «parler avec tout le monde».

Paris souhaite que Moscou accepte de recréer un mécanisme d’enquête conjoint sur les armes chimiques entre l’ONU et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), qui a disparu fin 2017. Son mandat n’a pas été renouvelé à la suite de plusieurs veto russes.

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