« Une hantise de boule lumineuses » Par Fernand Lagarde

Une hantise
de boules lumineuses

L’ceil était dans la tombe et regardait Caïn.
Victor Hugo

Parmi les apparitions de forme géométrique et abstraite, la sphère luminescente est la plus fréquente. S’agit-il simplement de «foudre globulaire », comme certains l’ont suggéré? L’analogie est en effet pour le moins troublante, quand on passe en revue les caractéristiques de ces éclairs en boule. Si leur configuration est généralement sphérique, on trouve également des aspects ovoïdes, plats et même filamenteux — qui peuvent passer d’une forme à l’autre, sous les yeux d’un même témoin —. Les bords en sont nets ou flous; leur couleur est très variable et souvent pulsante, tout comme la vitesse de leurs déplacements. Enfin, parfois, ces,foudres globulaires soulèvent des objets (même volumineux ou pesants) et paraissent traverser des parois solides.
Quoique nous ayons fondé notre définition des apparitions psi sur leur Intentionnalité, la limite entre paranormal et physique est dans certains cas bien imprécise : ainsi, des fantômes d’allure humaine peuvent présenter un comportement de simple automate et, inversement, des foudres globulaires typiques semblent agir parfois de manière intelligente.
Le cas célèbre que nous présentons ici est le fruit d’une enquête menée par LDLN 1, l’un des grands groupes français d’études sur les UFO, considérés par celui-ci comme des sondes spatiales d’origine extra-terrestre. Dans le compte rendu de cette hantise de boules lumineuses (qui dura plusieurs années), il est question à un certain moment d’un « obus aérien », appelé encore « cigare des nuées » par les ufologues, qui le considèrent comme un vaisseau-mère pondant de temps à autre une soucoupe volante; il s’agit là encore d’une caractéristique connue de la foudre globulaire.

I. Lumières dans la nuit (NdE).

En novembre 1969, nous recevions une longue lettre où était fait le récit de faits assez extraordinaires. Nous chargions un de nos enquêteurs, le Dr Dupin de la Guérivière, d’aller sur place enquêter. Il nous a fait parvenir son rapport, de nombreuses photos, la carte d’état-major, des renseignements complémentaires.
A l’étude, il s’avéra que si le récit originel paraissait exact quand au fond, il présentait des lacunes que le rapport n’avait pas éclairées. Un complément d’enquête s’imposait que notre enquêteur, très occupé, ne pouvait faire.
Nous avions saisi notre conseiller, M.A. Michel, de ces faits inhabituels. Il les a jugés très importants, s’ils étaient authentiques, et nous a demandé de les suivre.
Devant le dilemme qui se posait à nous, nous avons décidé de nous y rendre en personne et pour mieux réaliser nos desseins nous avons demandé à deux autres enquêteurs de se joindre à nous. L’enquête que vous allez lire n’est donc pas unilatérale, mais une enquête commune où chacun a posé ses propres questions, fait ses propres déductions et approuvé les termes de ce récit. Elle résulte de l’ensemble des observa¬tions, des croquis relevés sur place, de documents relevés à la mairie, de photos et surtout, ce qui en constitue l’ossature, des interrogatoires relevés sur bandes magnétiques, d’une durée totale de une heure quarante-cinq’.
Nous nous efforcerons d’ailleurs de coller au plus près du dialogue pour essayer de reconstituer la couleur locale, et de lui laisser tout son naturel.
Comme le souhaitait A. Michel des consignes ont été laissées sur place aux témoins, et aux deux enquêteurs régionaux qui nous accompagnaient. A la demande expresse des intéressés leur anonymat sera res¬pecté. A notre grand regret aucun nom de lieux qui puisse les identifier ne sera indiqué : les témoins désirent vivre en paix. Nos lecteurs nous en excuseront, d’ailleurs l’enquête continue sur place par la recherche d’autres témoignages venant étayer ces récits.
1. Enquête effectuée par G. Canourgues, J. Chasseigne, F. Dupin de la Guérivière et F. Lagarde.

Une ferme dans l’Aveyron

Les faits se passent quelque part en Aveyron aux abords d’une de ces fermes comme il y en a tant. Celle-ci est ancienne, bâtie en 1766, les murs en dur sont épais, elle possède un étage où se trouvent les chambres et d’où la vue est très étendue. Les pièces sont vastes, il y en a dix. Les fenêtres donnent au sud surtout, d’autres, plus étroites, à l’ouest et au nord.

Au sud de l’habitation principale une cour encadrée sur trois côtés des dépendances (grange et étable). A l’est une entrée principale qui donne sur la route, à l’ouest, un accès secondaire donnant sur la route aussi par un chemin charretier.
L’exploitation est modeste, dix-huit hectares, fondée sur l’élevage, surtout des vaches pour la vente des veaux; polyculture, des prairies, du maïs, du blé, de l’avoine, de l’orge, une pièce de vigne pour le vin de consommation familiale.
Bref une ferme comme il y en a tant dans la région Midi-Pyrénées.
Les faits dont ont été témoins les membres de cette famille de terriens qui, comme nous écrivait M. Delphieux, savent regarder et ignorent la peur, vont se succéder si nombreux qu’ils sont à l’origine d’un imbroglio qui nous a tous déconcertés quant à la chronologie des événements, y compris les témoins eux-mêmes, qui avaient un certain mal à en rétablir la succession, ne les ayant pas notés ni datés.

Entretien avec la grand-mère

Nous sommes le 15 juin 1966, vers 21 h 30.
C’est l’aïeule, qui avait 76 ans à l’époque, et adore ses petits-enfants, qui depuis la fenêtre de sa chambre, à l’étage, a été la première à donner l’alerte. Elle raconte ses impressions avec vivacité, une grande facilité d’élocution, dans un français de nos campagnes, où perce souvent le patois du pays dans l’émotion du récit de l’événement qu’elle revit pour nous.
Dans le souci de faire participer le lecteur, autant que faire se peut, à cet interrogatoire, nous conservons les réponses dans toute leur fraîcheur, patois excepté.
– Grand-mère, racontez-nous ce que vous avez vu ce soir-là…
– J’étais à la fenêtre… un petit moment… parce que des fois, quand on est âgé on va respirer l’air, ou n’importe, mais jamais je n’avais vu des lumières comme ça! des choses comme ça! Ça n’éclairait pas… c’étaient des feux! des feux! des feux!
– Vous en voyiez plusieurs à ce moment-là?
– A ce moment-là… hé bien… c’était un peu grand comme trois têtes d’homme.
– Vous en avez vu trois? (Un autre demande : Mais c’était loin à ce moment-là?)
– Eh oui! ils étaient du côté de X… à ce moment-là (X… sur la carte est à 1 kilomètre; au début ils étaient plus loin, à 1200 mètres puis ils se sont rapprochés, sous X…, à Y… qui est à 800 mètres. X… est plein ouest par rapport à la ferme, sur une colline voisine). Puis vers Y… je me disais maintenant.., voilà qu’y aurait le feu à Y… qui sait? Ça se détachait… on ne perdait pas de vue.., on ne voyait rien qui se déplace, mais ça on voyait la lueur, et enfin cela après s’est rapproché un peu plus… dans le petit ruisseau… (Les boules descendaient. Distance vérifiée sur la carte : 600 mètres).
« Mais alors là… j’ai dit… on ne voira rien plus… Tout d’un moment ça a monté un peu plus haut… là… côté A que tu as dis (en s’adressant à son gendre). Après nous disions où cela va aller? … vers B?… je les connaissais, ces gens, moi! Après, tout d’un coup, ça a rapproché ici dans le (…). C’est alors que j’ai dit : mais qu’est-ce que ces feux? Il ne tonne pas, il ne fait pas orage, qu’est-ce qu’il y a? Alors j’ai appelé. Tous ces feux… je suis trop vieille, je ne veux pas voir des choses, comme ça! Si ça doit continuer à se déplacer comme ça, qu’est-ce que nous allons devenir enfin?.., après ça se déplace… ça va au coin de la vigne, là… vous savez bien quand je vous ai appelé (en se tournant vers son gendre)… c’est alors que je suis été saisie de peur (les boules étaient à 90 mètres)… mais si cela monte davantage, ça ira dans la grange, tout va brûler, la maison et nous avec.., et je l’ai appelé.., je l’ai appelé. »
Que l’on se mette à la place du témoin dans une campagne paisible, en pleine nature. Il fait nuit, en face d’elle une colline à 1 km 200 environ, qui culmine à 450 mètres d’altitude, rien ne la sépare de sa vision, seulement des champs, des pièces de terres, un vallon où coule un ruisseau, 130 mètres plus bas. De ce ruisseau la pente remonte vers sa ferme qui culmine sur le dos d’une autre colline, à 400 mètres d’altitude aussi.
Dans l’obscurité d’un paysage qu’elle connaît depuis trente ans pour le voir chaque jour, elle aperçoit ce qu’elle appelle des « feux ». Ceux ci disparaissent, réapparaissent, elle suit leur progression, toujours plus près. Ils descendent le vallon, remontent la pente, se rapprochant inexorablement de la ferme, et les voilà bientôt qui semblent la menacer. Elle n’a pas conscience d’un phénomène inconnu et elle essaye de trouver une explication : il n’y a pas d’orage, dit-elle. Elle n’a pas peur d’un surnaturel, d’un irrationnel, comment pourrait-elle y songer? Mais c’est la hantise du feu qui dans les campagnes fait peur à tous, alors désorientée, apeurée, elle appelle son gendre au secours et plus tard elle nous dira qu’elle s’est couchée tout habillée dans la crainte des suites possibles. Il y a là un récit criant de vérité.
Non moins remarquable la marche de ces « boules » lumineuses venues d’aussi loin au travers d’obstacles, haies, bois, champs pour se diriger vers cette ferme dans un but qu’on n’explique pas. Comment leur dénier une volonté, une sorte d’instinct, une intelligence enfin. Nous verrons plus tard à quoi elles ressemblent, elles sont immatérielles, lumineuses sans plus, ni engin, ni plasma, une sorte de feu follet, au comportement irrationnel et volontaire.

Les observations du père

C’est le récit du gendre, le père de famille, l’exploitant, qui va suivre maintenant et qui, lui aussi, va revivre pour nous cette soirée mémorable.
— Alors on vous appelle, vous êtes dans la chambre voisine, au premier étage, dites-nous ce que vous avez vu, ce qui s’est passé.
— Oui… j’ai été à la fenêtre, je n’ai rien vu sur le moment… je n’ai rien vu… je n’ai rien vu… J’ai attendu deux ou trois minutes.., puis j’ai vu une boule, là… à 15 mètres de la maison! J’ai dit, tè elle avait raison ma mère… je veux dire ma belle-mère… elle avait raison… elle avait rai son…

– Elle était près de la maison, près du mur?
– Oui, à 15 mètres.
– Que faisait-elle là?
– Hé bien… je ne sais pas… à ce moment elle était immobile… elle est restée là deux ou trois minutes.., à peu près… puis plus rien.., tac comme on tourne un bouton… je ne vois plus rien.
– Elles réapparaissaient plus loin?
– Hé bien oui… à 1 kilomètre… à 500 mètres… ça dépendait… Ça on voyait, puis… tac… tac…
– Et entre l’extinction et le nouveau point il se passait longtemps? – Oh non! quelques secondes… deux ou trois secondes, pas plus. – Elle avait une forme ronde avez-vous dit?
– Oui, ronde… oui… plus bombée en haut qu’en bas… le bas était plus aplati. Le dessus était plus rond que sur votre dessin. (Nous avons rectifié le dessin sur ses indications.)
– Vous êtes sorti à ce moment-là?
– Alors je suis sorti… je suis allé voir… Là (il nous conduira plus tard à l’emplacement qu’il occupait dans sa vigne au moment de son observation; emplacement situé à 50 mètres à l’ouest de la ferme).
– Que s’est-il passé?
– J’ai regardé là pendant un moment… un moment… elles tournaient… il y en avait six alors à ce moment-là.
– Vous dites qu’il y avait six boules?
– Oui… à 1 kilomètre… 1 kilomètre 200 environ.., elles tournaient dans un champ… enfin dans un carré de terre quoi… je ne sais comment vous dire… dans un champ, dans un champ. »
(A. M. Chasseigne, qui pose une question plus précise, il situera l’endroit par des repères précis à flanc de coteau : un arbre isolé lointain et la pièce de terre qui paraît être une pâture depuis le point où nous nous trouvons.)
– Elles tournaient à distance… comment vous dire d’ici… je pouvais pas remarquer… à 50 mètres l’une de l’autre peut-être… même peut-être pas… je sais pas et je les voyais se déplacer.
(Son fils nous avait précisé à 10 mètres l’une de l’autre, dans une lettre. Il intervient dans l’interrogatoire, mais son père ne le suit pas pour cette précision; en fait elles lui ont paru plus éloignées que 10 mètres et moins que 50 mètres.)

Six boules de concert

– Tout d’un coup… ah! elles se déplaçaient au pas de l’homme…
comme un tracteur quoi… quand je dis un tracteur je veux dire… en première.
– L’une derrière l’autre?
– Oui… l’une derrière l’autre…
– Six boules l’une derrière l’autre?
– Oui… l’une derrière l’autre… elles ont contourné là.
– En ligne?
– Oui… en ligne.., l’une derrière l’autre… l’une derrière l’autre. – Elles restaient allumées en se déplaçant là?
– Oui… oui.
– Ou bien en s’éteignant et en se rallumant?
– Non… elles ont contourné là, toutes lumineuses, quoi. – Elles restaient lumineuses en se déplaçant?
– En se déplaçant, oui… elles restaient lumineuses en se déplaçant. Je dis c’est un tracteur… un tracteur… mais il n’y avait pas de bruit… Je l’aurait entendu, parce que la nuit on entend un moteur de loin.., mais je n’ai rien entendu. C’est pas un tracteur… c’est drôle… il n’y en aurait pas tant quand même… tant de lumières! Alors elles ont tourné là pendant… je sais pas… demi-heure… tant de lumières!… je n’ai pas pu comprendre ce que c’était… Puis à un moment donné… ça s’est accroché… ça disparaissait… (son fils lui souffle le mot) à l’obus.
-Vous n’aviez pas vu « l’obus » encore?
-Ah si! ah si! si, si, je l’avais déjà vu!
-Mais à quel moment? (nous le savions, mais nous n’avions pas voulu interrompre le fil du récit et détourner l’intérêt).
– Mais juste en sortant.
– Toujours dans cette même direction?
-Oui… là-bas.
-Et quelle allure cela avait-il?
-Mais c’était lumineux.., c’était lumineux.., j’ai cru que c’était un arbre qui brûlait moi… mais je ne voyais ni flamme… ni fumée, ni flamme.
-C’était blanc?
-C’était lumineux quoi.
-De la même couleur que les boules?
Oui, de la même couleur que les boules… pareil… de la même cou leur.
– Et les boules sont allées rejoindre le…
-Oui… ce «machin» là.
Tout paraissait être rentré dans l’ordre… à peu près… les « boules » ayant été absorbées par le… « machin ». Le témoin, intrigué, mais las d’observer, rassuré pour l’incendie, étonné du spectacle auquel il venait d’assister, est rentré dans la ferme pour aller se coucher.

« Comme dans un rêve »…

Tout comme l’aïeule, le témoin revit intensément ce qu’il a vu et nous y fait participer.
N’oublions pas que nous sommes le 15 juin. La campagne est verdoyante, la végétation est gonflée de sève, les champs, les prés constituent les neuf dixièmes du paysage : un incendie est improbable. Notre témoin, même s’il ne s’exprime pas explicitement, n’y croit pas. Il est tout étonné de voir ces boules lumineuses, le fait inexplicable s’énonce par cette constatation trois fois répétée : elle avait raison! il ne comprend pas ce qu’il voit.
La « boule » s’éloigne et, plus intrigué qu’appeuré, il aperçoit au loin ce qu’il prend encore pour un arbre enflammé. L’image subjective, raisonnable, qu’il s’en fait ne correspond pas à ce qu’il voit : il n’y a ni flamme, ni fumée! Ce n’est donc pas un arbre qui brûle, il l’appellera le machin », il ne lui vient pas à l’idée que ce puisse être un engin, comment pourrait-il y penser?
C’est alors qu’il aperçoit la procession des six boules lumineuses. Leur alignement, la régularité de leur marche lui font penser à des tracteurs, oubliant un instant les boules qu’il voyait de sa fenêtre. Il se rend compte que là aussi sa comparaison est en défaut, et puis « ça s’accroche au machin ». Nous verrons dans une autre séquence ce que signifiaient exactement ces termes de « s’accrocher ».
Tout est déconcertant, tout est irrationnel : ces boules qui viennent près la ferme, qui s’éteignent (tac), se rallument, « le machin », la ronde des boules, tout cela dans le calme de la nuit, sans bruit, irréel, comme dans un rêve.
Que pouvait-il penser? « Je n’ai pas pu comprendre ce que c’était », dira-t-il.
Après ces témoignages, une discussion générale s’établit sur la chronologie des faits qui vont suivre, et ceci dans la plus extrême confusion. Nous apprenons ainsi que beaucoup d’autres manifestations ont eu lieu à des dates imprécises. M. Chasseigne essaye de les fixer sur le papier, c’est impossible. Le fils résume la situation : « Il y en a tant eu après! ».
Nous établirons cependant qu’il ne s’est rien passé jusqu’au 6 janvier 1967. A partir de cette date, jusqu’au mercredi 11 janvier 1967, toute une série de faits remarquables et précis ont eu lieu.
Jusqu’en 1969, des faits plus vagues, non datés, se sont encore produits. MM. Chasseigne et Canourgues s’emploient à trouver des témoignages extérieurs qui aideront sans doute à cerner ces manifestations.

Après le récit de la soirée du 15 juin 1966 nous en étions restés dans la discussion générale des événements qui ont suivi, dans un imbrogliomonstre sur leur chronologie. M. Chasseigne qui, sur place, suit les événements, nous écrit le 22 mai I97O : « Je suis sûr qu’il y a une foule de faits dont nous n’avons pas eu connaissance, et qui apparaissent comme des flashes dans la conversation. Ainsi, le père avait déjà vu une boule bien avant le 15 juin, et l’aïeule en a vu après ».
Il apparaît ainsi que deux jours n’auront pas suffi pour tout apprendre. Ce sera une leçon pour des enquêtes, après la prise de contact où les témoins « vident leur sac » il semble nécessaire d’y revenir pour recueillir les laits qu’ils ont oubliés, peut-être parce qu’ils leur paraissent mineurs, alors que dans le contexte ils prennent un tout autre relief.

Les souvenirs de la mère

Nous demandons à la mère de famille qui, jusqu’ici n’avait rien dit, si elle avait vu quelque chose :
-Oh si! j’ai vu ces lumières, mais je ne me rappelle plus, et puis je suis myope.
Le père : – Elle ne s’y intéresse pas.
L’aïeule: – Il n’y a qu’un soir où tu as dit qu’il y avait le l’eu à la fourragère.
Le père: – Plus de quinze fois elles sont venues.., et une seule s’est approchée deux fois.
-Elle se détachait des autres?
-… Alors une boule se détachait des autres… deux secondes… puis elle repartait. Elles sont venues quinze fois peut-être, mais pas à côté de la maison. Elles sont venues deux fois à côté de la maison… Elle se déplaçait puis elle revenait.
-Elle disparaissait puis elle revenait? Comment faisait-elle? –Elle se déplaçait d’environ 15 mètres… Je vous montrerai. –Elle éclairait, puis s’éteignait?
-C’est-à-dire qu’elle était éteinte, on ne la voyait plus. -Elle reculait?
-Elle se déplaçait… on la voyait approcher… puis je ne sais pas si elle tournait (il s’agit du tour du bâtiment)… on ne la voyait plus… elle reculait.., enfin elle partait à reculons.., je ne voyais pas ça moi… on ne le voyait pas… elle se déplaçait au pas d’un homme à peu près. Elle se déplaçait à côté de la maison.
– Et une quinzaine de fois cela s’est passé?
– Oui, oui… deux fois elle est venue à côté de la maison… deux fois. — Elle vous a barré le chemin un moment donné?
– Eh oui! elle m’a barré tout le chemin là tout à côté.
L’aïeule : – Moi je me suis allée coucher. Je me suis dit que je vais crier que les voisins seraient sortis, et je suis allée au lit.
Le père : – Les voisins étaient à la fête le dimanche.
L’aïeule : – Lui a continué de regarder là, mais moi je suis allée au lit. Je me suis pas déshabillée. Je suis restée au lit…

Le poursuivant poursuivi

Nous nous adressons au père:
– Vous les avez revues après, avant le mois de janvier 1967? Comment ça c’est passé cette fois?
– Ah! j’ai vu une boule dans le ciel.
– Une boule? dans le ciel?
– Oui! tout là-bas.
L’aïeule : – Cette lueur que vous aviez dit que vous aviez vue que ça éclairait tout le champ?
Le fils: – Mais ce n’était pas ce jour-là!
Le père: – Oui, ce n’était pas ce jour-là.
Le fils: – Il n’y a pas si longtemps que ça. Cela fait cinq ou six mois. Le père: – Oui.
– En 1969, l’année dernière?
– Oui, l’année dernière.
– Mais nous n’en sommes pas là encore nous sommes le vendredi 6 janvier 1967 quand vous avez appelé votre fils qui était couché. Que s’est-il passé ce jour-là?
Le père : – Ah! moi je suis sorti, je suis sorti dehors à l’écurie.., pour voir le bétail, quoi! Alors j’ai vu cette lumière là… à 50 mètres même pas… à 3 mètres de la maison. Je me suis dit qu’est-ce que c’est?… Qu’est-ce que c’est que ça? Vite je suis venu chercher une lampe de poche, et je dis… tu vas passer par derrière pour voir ce que c’est… oui!… ah! quand je suis passé par derrière ça m’a suivi… Ça m’a suivi tout le long de la route…
– Le plan reconstitue la chronologie des événements que nous avons vérifiés sur les lieux.
– « Ça » m’a suivi sur 60 mètres environ… à peu près… et alors il y avait un passage où je voulais aller passer moi… pour passer par derrière. Alors ça me suivait tout le long, tout le long, tout le long.., moi je me suis arrêté là où je voulais passer par derrière et le « machin » s’est arrêté là… sur le passage… Je dis… maintenant.., ce n’est pas la peine d’insister.., je peux pas passer.
– C’était gros à ce moment-là?
– Oh oui!… environ, 1 m 50 de diamètre.
– De la même couleur blanche?
– Oui, de la même couleur… oui.
– Ça n’éclairait pas le sol?
– Non, non, non… non, non… c’était lumineux.., lumineux mais ça n’éclairait rien du tout.
– Est-ce que vous avez senti si ça dégageait de la chaleur?
– Oh non! non, non, non. Je n’ai rien senti.
Le fils: – Celle que j’ai vu moi ne faisait pas 1 m 50… 1 m 20 au maximum!
Le père: – Alors je suis revenu, et la boule est repartie en arrière jusqu’à la maison, comme la première fois.
Nous nous adressons au fils: – Alors il vous a appelé à ce moment là et vous vous êtes levé?
– Oui, quand il est revenu, il m’a appelé mais moi je n’ai rien vu à cc moment-là.
Le père : – « Ça » avait disparu!… moi je suis resté encore… ça est revenu.., ça est revenu après!
Alors, un peu moqueur, au fils : – C’est vous qui l’avez fait partir? (on rit).
Le fils: – Quand j’ai regardé, moi je n’ai rien vu sur le coup.
Le père: – Oui… mais il est reparti… il n’est pas resté… moi je suis resté… je lui ai dit « ça » est revenu!
Le fils: – Mais je l’ai vue quelques minutes après… j’en ai vu une qui… enfin.., de l’autre côté là-bas de la fenêtre. Elle était partie sur un petit chemin là qui monte… et j’ai dit tiens cette fois il y a quelque chose.
– Alors vous êtes redescendu?
– Alors là, je suis descendu.
– Vous êtes redescendu, parce que vous étiez déjà descendu une fois et comme vous n’aviez rien vu vous étiez remonté?
– Oui, oui.

Description de l’«obus»

– Alors c’est cette fois que vous avez aperçu tous les deux ce fameux « obus »?
– Oh! oui, oui!
– Tous les deux?
– Oui, oui!
L’aïeule : – Ils sont venus m’appeler pardi,… mais…
– Alors?
– Oh! non, non, je n’y suis pas allée non… ma fille pleurait (il s’agit de la mère de famille). Je lui ai dit : « Innocente! », et alors je… j’ai… je… suis descendue quand même, et puis j’ai vu ce feu, le feu (patois intraduisible dans l’émotion qu’elle revit, on la voit bouleversée au souvenir de sa vision). C’est vrai quand même (dit-elle), on n’a pas l’habitude de voir des feux comme ça, quand même!
Alors nous adressant au père et au fils:
– Qu’est-ce que vous avez vu tous les deux? Qu’est-ce qu’il y avait à ce moment-là?
Le fils: – Moi j’ai vu les six boules.
– Que s’est-il passé?
Le père: – Ah oui! mais ça!… moi je ne suis pas resté… Je suis rentré me coucher.
– Vous avez vu « l’obus » mais vous n’avez pas continué à regarder? vous êtes rentré vous coucher?
Le père: – Non, non… je n’ai pas continué la séance… (en riant), ah, ah, ah!
– Qu’est-ce que cela vous faisait? Vous avez eu peur?
– Oh… j’ai eu l’impression que… heu… heu…
– Quelle est l’impression que cela vous faisait?
Le fils: – Il voulait lui lancer une pierre là, quand il était près (de la boule), il n’a pas osé.
Le père : – Non… oh! .j’avais bien envie de faire quelque chose, mais…
– Vous avez eu un peu peur quoi, dans le fond?
– Eh oui! sans doute… quand j’ai vu que cela me suivait…
– Vous n’aviez pas votre lampe électrique à ce moment-là? – Eh! je l’avais à la poche?… mais…
– L’avez-vous allumée?
– Oh non! non, non, non, je l’avais à la poche… je ne m’en suis pas servi.., je voulais passer par derrière pour aller voir ce que c’était, et j’ai pas pu passer… j’ai abandonné.
Au fils:- Alors vous, qu’est-ce que vous avez vu à ce moment?
-Alors moi j’ai vu « l’obus » avec les trois branches de chaque côté.
– Il y avait des branches?
– Oui… elles étaient droites… exactement comme celles du dessin. (Il s’agit du montage sur photo de M. J.-L. Boncœur, exécuté d’après les premiers témoignages.)
– Et les « boules »?
– Trois branches de chaque côté et à un moment donné une houle sur chaque branche… trois boules de chaque côté, cela faisait six boules…
« Il y avait un phare, en haut, tout à fait au bout et il éclairait la fenê tre là-haut, il éclairait toute la chambre… j’avais la fenêtre ouverte là en face.
– C’était un rayon diffus ou bien très étroit?
– Oh, étroit! très étroit.
– Et ça éclairait votre chambre?
– Oh oui! je pense bien, j’y voyais comme en plein jour là.
– Mais alors vous étiez remonté dans votre chambre quand vous l’avez vu?
– Oui, j’étais remonté dans ma chambre… après.
– Et « l’obus » était toujours là?
– Je ne l’ai pas vu repartir ce jour-là.
– Et il éclairait votre chambre?
– Oui, il éclairait la chambre.. ah! par intermittence quand même!… il tournait.., il tournait.
– il tournait.., comme un phare?
– Oui… des fois il éclairait la chambre voisine là-bas… il tournait… mais là c’était déjà 11 heures du soir, 11 heures et quart par là, quelque chose comme ça.
– Ce n’est pas drôle?
Le père: – Eh non! on se demande ce que c’est.
Le fils: – Puis tout à coup, tout a crevé. Tout a crevé, je n’ai plus rien vu. Je ne sais pas si c’était parti ou si c’était toujours en place.
Le fils: – Le lendemain soir je suis sorti le premier et ,j’ai vu une lumière vert-bleu, mais elle était assez loin au ras du sol dans un champ. Mon père est venu et nous avons revu « l’obus » ensemble tous les deux. Il était 21 heures, 21 h 30 environ. »

« Une chose vivante»

Dans cette séquence, le fils est confronté avec le phénomène. Appelé à devenir un témoin important, il n’avait rien vu encore, et n’avait pas attaché un très grand crédit au récit de la soirée de juin 1966. Alerté, il ne voit rien de prime abord, et sa première réaction (hors-texte) fut que son père avait eu des visions. Il devient à son tour spectateur, va s’intéresser au phénomène, et dans une autre séquence va le poursuivre en voiture sur la route et cela donnera lieu à des péripéties multiples et imprévues.
Le père est ici au centre de la soirée. Si jusqu’à ce moment il avait été simplement intrigué, parce que peut-être relativement éloigné des manifestations, cette fois il aura peur, même si une certaine pudeur le retient pour l’avouer franchement. Cette « boule » qu’il veut surprendre pour voir ce qui se cache « derrière », et qui par deux fois déjoue ses calculs en lui barrant la route, le déconcerte.
Il est intéressant d’analyser ses réactions à travers le texte brut que nous n’avons pas intentionnellement trop poussé pour ne pas influencer le témoin.
Elles sont la manifestation d’un mécanisme intérieur de la pensée qui, ne s’étant pas exprimée verbalement, est réelle dans les faits. Dès l’apparition de la « boule » on a le sentiment qu’il ne la confond plus avec un phénomène purement physique, du feu par exemple, mais qu’il pense à une « chose vivante ». Il lui attribue même une « face » ou tout au moins une partie « avant » et il imagine qu’en la surprenant par « derrière » il ne sera pas vu et apprendra autre chose. C’est bien cela qui résulte de ses paroles. L’on voit deux fois ses intentions contrariées, et dans l’intervalle ce chemin qu’il parcourt et qu’il n’avait pas prévu, avec une compagnie insolite. Que ces 60 mètres lui ont paru longs! « ça me suivait tout le long, tout le long, tout long… » On a le sentiment de parcourir une route interminable qui pourtant ne lui a pas demandé guère plus d’une minute. Il a bien pensé tout en cheminant lui lancer quelque chose, une branche, une pierre, ou se servir de sa lampe, mais il n’a pas osé. En réalité il a eu peur d’une réaction inconnue de la « chose » parce que déjà il lui attribue une vie propre, une volonté. Il veut en finir néanmoins et pense au petit chemin de terre où il aura peut-être l’occasion de la surprendre. Il y arrive, mais, là, voilà qu’elle occupe l’entrée, lui en interdisant l’accès. Alors c’est la fin, il abandonne la partie, et la boule « victorieuse » le raccompagne jusqu’à la maison.
Cette notion de peur ou d’angoisse devant ces phénomènes déconcertants, on la retrouve chez les deux femmes. Depuis les premières apparitions, il règne dans cette ferme un sentiment d’insécurité, comme une menace qui plane, et à l’appel du père la coupe déborde, la mère se met à pleurer. L’aïeule qui se veut forte, et qui tâche de relever le moral de sa fille en l’apostrophant, n’en est pas pour autant rassurée.
C’est le fils qui plus tard analysant la situation dira à M. Chasseigne : « J’ai la nette impression qu’on aurait pu voir beaucoup d’autres choses si on s’y était pris autrement, mais « ils » avaient compris qu’on avait la trouille ».
C’est bien semble-t-il le sentiment qui se dégage de cette enquête, et qui pour une bonne part a été le motif du silence des témoins.

Nous ne saurions passer sous silence le comportement de cette « boule » car c’est probablement la première fois qu’il est donné de faire une telle analyse, et on est pris de vertige devant ce qu’elle laisserait supposer. Le père est seul, voit cette « boule », il ne parle pas : il n’y a per sonne. Il décide intérieurement d’aller chercher une lampe de poche électrique, faire le tour de la maison en passant par la route, pour surprendre cette « boule » par derrière. Il passa à exécution, mais parvenu sur la route la « boule » est là, semblant l’attendre, l’obligeant à modifier son dessein. Elle semble avoir deviné ses intentions et les avoir prévenues. Oh! on peut invoquer le hasard, mais le fait va se reproduire une deuxième fois dans les mêmes conditions, lorsqu’elle lui interdira l’accès du chemin de terre. Pour aussi osée que soit notre pensée, nous sommes conduits à invoquer une connaissance préalable par la « boule » des in tentions du témoin. Il n’y a eu aucune parole échangée, avec quoi ou qui d’ailleurs? il s’agirait donc d’une lecture psychique de la pensée, à l’insu du témoin. Hypothèse fantastique, mais tout ici est irrationnel y compris cette présence qui paraît bien être une réalité.
La « boule » de plus paraît avoir un comportement motivé dont l’ana lyse est plus difficile. Il serait hasardeux de soutenir qu’elle voulait diri ger l’action du père, mais nous sommes bien obligés de constater que par deux fois elle s’est opposée à l’exécution d’un plan préconçu. Le résultat en a été que le père est revenu dans sa ferme et qu’il a appelé son fils. Il n’est pas interdit de penser que c’était là la motivation possible. Le fils va devenir « une fois contacté » le véritable témoin de ces manifestations, celui devant lequel va se déployer le phénomène MOC dans une gamme variée d’observations, ce qui lui laissera des séquelles que nous retrouverons ailleurs dans d’autres lieux, à d’autres époques 1.

FERNAND LAgarde

1. « Mystérieux objet céleste », terme équivalent à celui d’OVNI (NdF).
2. Le problème des «contactés» est discuté dans la dernière partie de ce volume (NdR).

Source: « Les apparition mystérieuses »- collection Les pouvoirs inconnus de l’homme, éd Tchou/Laffont, Chapitre 4.

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