Des scientifiques alertent sur les dangers des fongicides SDHI

Les scientifiques s’alarment de l’utilisation de fongicides. Dans une tribune publiée dans Libération lundi 16 avril 2018, un collectif de chercheurs, cancérologues, médecins et toxicologues du CNRS, de l’Inserm et de l’Inra appellent à suspendre l’utilisation des SDHI, inhibiteurs de la succinate déshydrogénase. Ces derniers sont utilisés en très grande proportion dans l’agriculture française et sur les pelouses, notamment celles de terrains de golf, pour tuer les champignons et les moisissures. Les SDHI empêchent le développement des champignons en bloquant leur respiration qui est assurée par la succinate déshydrogénase (SDH). Les fongicides SDHI sont utilisés massivement sur de nombreuses cultures. Ainsi, 70 % des surfaces de blé tendre et 80 % des surfaces d’orge d’hiver ont été traitées grâce à ce produit, en 2014. Les chercheurs expliquent qu’après sa pulvérisation sur les cultures, le fongicide se retrouve dans la terre, dans l’eau et dans l’alimentation animale et humaine. Or ce passage dans la chaîne alimentaire des Hommes peut gravement nuire à leur santé.

Tous concernés

La respiration cellulaire et l’enzyme SDH, universelles, fonctionnent dans toutes les espèces vivantes. Comment ne pas se sentir concernés par la présence des SDHI dans nos assiettes à travers la contamination des aliments ? Comment de tels pesticides ont-ils pu être mis sur le marché avec l’assurance de n’avoir aucun impact sur la santé humaine, mais aussi sur l’écosystème tout entier ?”, s’interrogent les auteurs de la tribune.

Ainsi, les cellules de tous les êtres vivants respirent, du champignons en passant par le micro-organismes et bien sûr l’homme. « Nos travaux de recherche sur l’enzyme SDH ont mis en évidence un mécanisme très particulier de dérèglement cellulaire : le blocage de cette enzyme conduit à l’accumulation d’une petite molécule, le succinate. Celui-ci va entraîner à long terme, un changement de la structure de notre ADN : ce sont des phénomènes de modifications épigénétiques. Ces anomalies épigénétiques liées au blocage de la SDH vont déréguler des milliers de gènes, expliquant la survenue de tumeurs et cancers, sans pourtant entraîner de mutations dans les gènes comme c’est souvent le cas des carcinogènes. Et ces modifications, contrairement aux mutations, ne sont pas détectées, ni testées, au cours des tests de toxicité conduits avant la mise sur le marché des pesticides”, expliquent les scientifiques. En effet, la toxicité sur le long terme pour l’homme du fongicide SDHI n’a jamais été sérieusement étudiée. Or, des anomalies du fonctionnement de l’enzyme SDH “peuvent entraîner la mort des cellules en causant de graves encéphalopathies, ou au contraire une prolifération incontrôlée des cellules, et se trouver à l’origine de cancers”. De plus, Pierre Rustin, généticien et directeur de recherches au CNRS-Inserm, assure, dans la tribune, que ces fongicides « bloquent bien la SDH humaine, nous l’avons testé en laboratoire. Or, nous savons qu’il est extrêmement dangereux de bloquer cette enzyme. » 

Suspension d’autorisation

Le fongicide a été mis en place par des grands industriels parmi lesquels les désormais célèbres Monsanto et Bayer. L’utilisation des SDHI a été autorisée en 2009 comme substituant à d’autres pesticides précédemment fabriqués et depuis abandonnés, du fait de leur dangerosité, de leur efficacité réduite et/ou de l’apparition de résistances. “Il est aujourd’hui très difficile d’accéder aux informations ayant donné lieu aux autorisations de mise sur le marché pour ces molécules, mais, à notre connaissance, seuls quelques tests sur la toxicité chez l’humain ont été réalisés par les firmes elles-mêmes« , affirment les auteurs de la tribune.

L’Anses, l’Agence nationale de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, ainsi que l’INRA, l’Institut national de recherche agronomique, ont tous deux remarqué que les champignons et moisissures commencent à développer des résistances au SDHI. En plus d’être potentiellement dangereux pour l’Homme, ce produit serait donc devenu également inefficace.

Le collectif, auteur de la tribune, appelle à “suspendre l’utilisation (du SDHI) tant qu’une estimation des dangers et des risques n’aura pas été réalisée par des organismes publics indépendants des industriels distribuant ces composés et des agences ayant précédemment donné les autorisations de mise sur le marché des SDHI”. L’association Générations Futures a, quant à elle, demandé à l’Anses, dans un communiqué, le “réexamen en urgence de l’évaluation de ces fongicides SDHI ainsi qu’une suspension immédiate de leurs autorisations”.

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