Opération séduction de Macron au Parlement européen

Venu à Strasbourg pour compter ses alliés à un an des Européennes, le président français a tenté de séduire au-delà des familles politiques, l’audace de la Sorbonne en moins.

Prévenir les divisions de l’Europe tout en allant de l’avant sur plusieurs dossiers cruciaux. C’est le numéro d’équilibriste qu’a tenté Emmanuel Macron venu débattre au Parlement européen, mardi 17 avril, avec les eurodéputés. A un an des élections européennes, la discussion qui a duré près de 3 heures a permis de clarifier les priorités européennes du Président, mais aussi les positions politiques des uns et des autres.

« Je n’appartiens à aucune famille politique ici », a souligné le président français, qui refuse de s’allier avec le groupe centriste ALDE depuis son arrivée au pouvoir, malgré les appels du pied répétés et un tronc de pensée commun assez évidents.

En laissant la porte ouverte, le président français tente de rallier à sa cause tout politique européen motivé par la réforme de l’Europe, et a d’ailleurs été acclamé en appelant à la construction d’une « nouvelle souveraineté européenne » ou encore « la protection des citoyens européens ».

« Macron est aussi venu compter ses alliés, il semble qu’on les retrouve plutôt au centre et au centre-gauche de l’échiquier politique européen », constate Sébastien Maillard, directeur de l’institut Jacques Delors en France.

Ode à la démocratie

Le discours français s’est inscrit en réaction aux dernières élections en Hongrie. En se lançant dans une véritable ode à la démocratie et au rôle du Parlement européen, le président a critiqué la tentation illibérale incarnée par Viktor Orban, président de la Hongrie réélu dans des conditions très critiquées par l’OSCE.

« Face à l’autoritarisme, la réponse n’est pas la démocratie autoritaire, mais l’autorité de la démocratie », a énoncé le président.

La critique s’adressait tout autant à la Hongrie de Viktor Orban qu’au soutien aveugle du Parti populaire européen envers le dirigeant hongrois. La droite européenne s’est d’ailleurs montrée peu chaleureuse envers le président français, son chef de file au Parlement, Manfred Weber, ne saluant que du bout des lèvres l’action du président français.

L’eurodéputé français PPE Franck Proust a aussi dénoncé l’opposition entre les proeuropéens et les opposants au projet du président français, à l’instar des Républicains en France. Mais d’autres membres de la droite européenne, comme la Suédoise Anna Maria Corazza Bildt ou le Français Alain Lamassoure ont au contraire salué la prestation d’Emmanuel Macron, montrant des fractures potentielles au sein de la droite.

L’accueil de ce président que l’on dit de droite en France a paradoxalement été plus chaleureux du côté des socialistes et des Verts, qui n’ont certes pas hésité à lui adresser des questions franches et directes, mais l’ont aussi remercié de sa venue, et ont affiché pour certains une vraie proximité avec ses idées. Comme au sein de la droite, chez les socialistes et chez les Verts, Macron parvient à séduire certains élus ne serait-ce que par son engagement européen.

Entre un tiers et la moitié de l’hémicycle s’est levé pour applaudir le président à la fin de son intervention, plutôt à gauche qu’à droite de l’assemblée.

C’est aussi par son opposition frontale voire violente aux extrêmes que Macron cherche à trouver des alliés pro-européens, non sans un certain idéalisme.

Taxe sur le numérique, moins de politique de cohésion et aide aux régions sur les réfugiés

«Sans rêves fous, en faveur de l’élargissement, beaucoup d’entre vous ne seraient pas là », a rappelé le président, évoquant parmi ses projets de long terme une nécessaire cohésion européenne améliorée.

Au rang de ses priorités, la France semble toutefois confrontée au principe de réalité : plutôt qu’une réforme ambitieuse de la zone euro à court terme, qui fut une priorité durant toute sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron a insisté sur la mise en place d’une taxe sur le numérique.

Un échappatoire selon Isabelle Thomas, eurodéputée socialiste. « C’est bien d’avancer sur les ressources propres, mais c’est la taxe la moins avancée, et il faudrait l’élargir à l’évasion fiscale des autres industries non numériques », assure la députée.

Évoquant le prochain cadre budgétaire après 2021, le président s’est montré ouvert à l’augmentation de la contribution française, sans aller jusqu’à évoquer la compensation totale de la participation britannique. Il a aussi insisté sur la conditionalité de l’attribution des fonds de cohésion tout en dénonçant leur utilisation actuelle dans une charge violente. « Ils ne doivent pas servir à financer le dumping fiscal et social » a estimé le président.

Les fonds de cohésion sont clairement remis en cause dans le prochain cadre financier pluriannuel dont le montant sera a priori amputé de 10 % par le Brexit, à moins que d’autres ressources ne vienne s’y substituer. « Le discours est toujours beau, c’est un élan pour l’Europe, mais ce qu’on craint c’est que le carrosse ne se transforme en citrouille, comme en France », ne craint Isabelle Thomas.

Parmi les idées nouvelles, le président français a aussi fait son mea culpa sur l’accueil des réfugiés en France, et proposé qu’une agence sur les migrations attribue aux régions et aux collectivités locales des fonds pour l’accueil des migrants.

« Le Président Macron a prononcé un discours certes intéressant mais pas assez ambitieux », résume l’eurodéputée verte Karima Delli, par ailleurs assez proche de Macron.

Si ces propositions semblent moins ambitieuses qu’en septembre à la Sorbonne, elles ont le mérite d’être sur la table, ce qui suffit à de nombreux démocrates européens de tout bord qui restent impressionnés par l’ovni Macron. Reste à convaincre un partenaire de taille, à l’origine de la révision à la baisse de ces ambitions : Angela Merkel.

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