Qu’est-ce que le GBL, nouvelle drogue inquiétante des nuits parisiennes ?

Les autorités et le milieu de la nuit parisienne ont tiré la sonnette d’alarme lundi 16 avril 2018 face à l’usage croissant chez les jeunes fêtards d’une drogue de synthèse, la GBL (Gamma-butyrolactone), responsable depuis fin 2017 de plusieurs comas dont l’un s’est soldé par la mort d’un jeune homme. « Il y a encore un an, personne ne savait ce que c’était« , explique Line (prénom modifié), 25 ans, qui consomme avec ses amis du GBL dans les clubs parisiens depuis l’été 2017. « Mais aujourd’hui, à chaque soirée techno, tu entends partout : t’as pas du G ? t’as pas une pipette pour moi ? (…) Il y a vraiment un boom, surtout chez les jeunes de 18, 19, 20 ans« . « C’est un phénomène qui est en train de s’étendre« , a déclaré à la presse le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, à l’issue d’une réunion organisée avec les professionnels de la nuit, les autorités de santé et les services de police.

GBL, précurseur du GHB

Le GHB (gammahydroxybutyrate), également appelé « drogue du viol », est à l’origine un anesthésiant utilisé en médecine pour ses qualités sédatives par fixation sur des récepteurs GABA, situés sur les neurones et dont ils inhibent l’activité. Le GBL (gamma-butyrolactone) est un produit chimique à la base utilisé comme solvant industriel, notamment pour nettoyer les jantes de voitures. Une fois absorbé, par une enzyme, il est transformé en GHB par une lactonase, dans le foie et le sang, provoquant en 10-15 minutes et pour 1 à 2 heures euphorie, désinhibition, sentiment de bien-être et intensification des perceptions. Bien qu’il soit parfois appelé « ecstasy liquide » ou « MDMA liquide », le GHB et donc le GBL ont des effets complètements différents de l’ecstasy. Ce dernier est en effet un stimulant alors que le GHB et le GBL sont des dépresseurs. C’est à l’aide d’une pipette graduée que Line dose la quantité exacte de GBL dont elle a besoin pour « se défoncer ». Une fois dilué dans de l’eau et ingéré, le produit est transformé en GHB par l’organisme. Mais « il suffit d’un millilitre de trop et tu peux tomber dans le coma« . « L’absorption de GBL peut provoquer des nausées, des vomissements, des difficultés respiratoires, des troubles de la conscience pouvant aller jusqu’au coma« , alerte l’Agence du Médicament (ANSM), ajoutant que « sa consommation est généralement suivie d’une amnésie« . 

GBL + ALCOOL = DANGER. Les effets du GBL/GHB « sont augmentés en cas d’association avec l’alcool ou d’autres substances psychoactives (médicaments ou drogues)« , rappelle Santé Publique France sur son site. En effet, l’alcool agit également sur les récepteurs GABA, et leur prise concomitante « (y compris à des doses modérées), majorent fortement les risques de coma« , d’après la Mission interministérielle de lutte contre les drogue et les conduites addictives (Mild&ca). « Ce qu’il faut c’est rappeler que les dosages sont précis, et qu’en cas de surdose ou de mélange avec l’alcool, cette drogue ne pardonne vraiment pas« , insiste Techno+, autre association du milieu de la nuit.

Un mort par overdose en 2018

Michel Delpuech, préfet de police de Paris, a relevé que les comas causés par le GBL ne se limitent pas aux lieux festifs mais débordent aussi dans la sphère privée. « On est sur un rythme de 50 à 100 comas par an » à l’échelle des hôpitaux de Paris. « C’est une évolution inquiétante, il y a deux ou trois ans, c’était 10« , a-t-il souligné. Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), « depuis environ deux ans, le GHB/GBL connaît une nouvelle diffusion dans les clubs« . Son usage « concerne aujourd’hui une population mixte (filles et garçons) et de plus en plus jeune (17-25 ans)« , précise l’Observatoire. « Des nouveaux usagers qui n’ont qu’une faible connaissance du produit et des risques« . Le nombre de comas signalé a ainsi doublé entre 2014 et 2017, selon l’Observatoire. Depuis la fin 2017, l’absorption volontaire ou involontaire de GBL a causé dix comas chez des jeunes âgés de 19 à 25 ans dans des établissements de nuit parisiens, selon des données de la préfecture de police. En décembre déjà, aux Nuits Fauves, non loin, deux femmes et un homme étaient tombés dans le coma. « Ils n’avaient pas de pipette, alors ils ont dosé avec un bouchon de bouteille« , explique Line, qui connaît l’un d’entre eux. « Mais dans un bouchon, tu as plus de 10 doses !« . Le 10 mars, au « Petit Bain », un établissement du 13e arrondissement, la soirée a même viré au drame lorsque deux jeunes sont tombés dans le coma après avoir ingéré des liquides dans des bouteilles ne leur appartenant pas. Après plusieurs semaines d’hospitalisation, l’un d’eux est récemment décédé.

Face à la recrudescence des incidents dramatiques mais aussi de ces fermetures, les professionnels de la nuit réunis dans le Collectif Action Nuit avaient demandé « de l’aide » aux pouvoirs publics « face à une situation que nous ne pouvons gérer seuls« , selon un communiqué diffusé le 22 mars. Avec cette banalisation dangereuse du « G », « aujourd’hui à chaque fois que dans nos soirées quelqu’un tourne de l’oeil, on a peur qu’il tombe dans le coma« , s’alarme Christophe Vix, membre du collectif Action Nuit. Santé Publique France rappelle que la consommation intentionnelle ou non de GBL « doit conduire à une consultation médicale en urgence ou à l’appel du centre 15, notamment en cas de survenue de difficultés respiratoires, de troubles de la conscience ou d’une perte de connaissance« .

La chasse au GBL

Saluant « l’esprit de responsabilité » des acteurs de la nuit parisienne, le préfet de police s’est engagé lundi 16 avril 2018 à explorer les pistes juridiques destinées à « limiter la vente de ces produits ou leur accès facile, notamment par internet« . Car contrairement au GHB, le GBL n’est pas sur la liste des stupéfiants, bien qu’interdit à la vente et à la cession au public depuis 2011 pour les produits contenant cette substance en grande quantité ou fortement concentrée. Une mesure peu efficace qui n’a entrainé « aucune diminution des appels concernant l’ingestion volontaire de GBL, surtout par une population masculine jeune« , regrette un bulletin épidémiologique de 2015 du Centre Antipoison et de Toxicovigilance de Lille. Et pour cause : il est facilement trouvable sur Internet « sur des sites hébergés à l’étranger » et qui ne vendent souvent que du GBL, bien qu’ils se prétendent « des sites de vente de produits d’entretien pour l’automobile« , d’après le bulletin épidémiologique . Ainsi, Line s’en procure avec une facilité déconcertante. « Pas de dealer (…) il suffit de taper GBL sur Google, de rentrer tes codes de carte bleue, et tu reçois une bouteille chez toi« , détaille-t-elle. « Pour 20 euros tu as plus de 100 doses« . Signe de la fermeté des autorités, six établissements abritant des trafics de stupéfiants ont fait l’objet depuis le début de l’année d’une fermeture administrative, soit le même total que sur l’ensemble de l’année 2017. Trois autres procédures sont en cours, a détaillé M. Delpuech. Il souhaite également, d’ici l’été, bâtir un « plan d’action partenariale » avec les professionnels, demandeurs « de formation, de sensibilisation et de bonnes pratiques« , et plus largement sensibiliser le grand public aux dangers de la GBL.

CG avec AFP

aller à la source

Comments

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *