Voulons-nous encore d’une agriculture européenne ?

La Politique agricole commune (PAC) est en train de vivre ses derniers moments. C’est en tout cas la crainte qu’inspirent les premiers éléments connus de sa réforme préparée par la Commission européenne.

Angélique Delahaye est députée européenne (LR) depuis mai 2014. Elle siège dans les commissions de l’agriculture et de l’environnement. Maire de Saint-Martin-le-Beau (Indre-et-Loire), codirigeante avec son mari d’une exploitation légumière, elle est spécialisée sur les questions liées à l’environnement et à l’agriculture.

A la lecture des premiers éléments la réforme de la PAC, seule transpire l’idée d’affaiblir cette politique majeure de l’Union, qui depuis des années constitue un rouage essentiel de la construction européenne, accompagnant le travail de millions d’agriculteurs.

Pour bien comprendre l’ampleur de la catastrophe, attardons-nous sur deux éléments essentiels de la réforme envisagée par la Commission : le calendrier et la nouvelle architecture de la PAC.

La réforme précédente de la PAC, datant de 2013, n’est toujours pas entièrement appliquée dans tous les États membres. En France, les gouvernements successifs peinent à la mettre en œuvre, j’en veux pour preuve la crise actuelle liée aux modifications de la carte des zones défavorisées.

Faisant fi des difficultés liées à la transposition, la Commission entend proposer sa nouvelle réforme pour le mois de mai 2018, ce qui laisserait au mieux neuf mois pour mener le processus législatif de codécision à son terme. En tenant compte des incertitudes budgétaires liées au Brexit, de la perspective des élections européennes de mai 2019 et des réductions d’effectif à la direction générale de l’agriculture de la Commission européenne, le projet paraît hasardeux. La Commission s’entête dans une course contre la montre à l’issue incertaine et s’expose au risque d’un travail bâclé.

La position que j’ai défendue au sein de mon groupe, le Groupe PPE, est de s’autoriser une période de transition jusqu’à 2024, pour mettre en œuvre les solutions apportées par la mini réforme du règlement Omnibus et se laisser le temps de la réflexion.

En ce qui concerne la nouvelle architecture de la PAC, la Commission a publié son communiqué donnant les grandes lignes de sa future réforme en novembre dernier. Sans avoir mené en amont aucune étude d’impact, l’exécutif européen propose un nouveau modèle de mise en œuvre (New Delivery Model en anglais). Derrière ce nom aux consonances modernes se cache le renoncement à toute ambition communautaire pour l’agriculture.

La Commission propose en effet une nouvelle architecture où le niveau européen se contenterait de donner les grands objectifs environnementaux auxquels doivent parvenir les États membres. Cela présente un risque évident de renationalisation de la politique agricole, qui perdrait le C de commune, et ouvrirait les portes à des distorsions de concurrence exacerbées entre les agriculteurs et une complexification des règles dont nous n’avons nullement besoin.

Français et Européens, nous devons nous interroger : voulons-nous encore d’une politique agricole européenne ?

La PAC doit maintenir ses objectifs d’assurer la souveraineté et la sécurité alimentaire du continent. Elle doit appeler chaque agriculteur à la transition vers la double performance environnementale et économique. Son ambition doit être de réconcilier l’agriculture et l’environnement en y associant pleinement les agriculteurs qui sont les premiers écologistes !

Cette transition ne peut se faire que sur une architecture simple basée sur au moins deux piliers. Un premier, défini au niveau européen, basé sur une conditionnalité renforcée des aides directes et intégrant un dispositif de transition vers la double performance. Un deuxième pilier centré sur des stratégies de développement territoriales et sectorielles réellement incitatives, mettant l’investissement, la formation, l’innovation et la recherche au cœur des problématiques environnementales et économiques locales.

Enfin, plusieurs chantiers doivent être portés par la PAC comme celui d’une réelle ambition sur les énergies et la chimie vertes ou encore la protection systématique des filières dans les négociations commerciales.

C’est en ce sens que je mène mon travail de député européen. En tant que maraîchère, j’invite tous les agriculteurs et leurs représentants à s’impliquer dans les négociations européennes des mois à venir, l’enjeu est pour nous existentiel !

Comments

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.