Entre pressions US et questions géopolitiques, la candidature Maroc 2026 en péril?

Maroc 2026

© AP Photo / Abdeljalil Bounhar

La dégradation des relations entre Rabat et Téhéran et les tensions autour de la question du Sahara occidental vont-elles empêcher la CAF de parler d’une seule voix pour l’attribution de la Coupe du Monde de foot 2026? C’est d’autant plus à craindre que des poids lourds africains se trouvent parmi les «ultras» de la RASD.

La partie qui se joue, depuis le 1er mai, entre Rabat et Téhéran est une question éminemment géopolitique. Celle prévue, le 15 juin à Saint-Pétersbourg entre les deux pays, est éminemment sportive. Les implications de leur crise diplomatique sur le projet d’organisation de la Coupe du Monde de football «Maroc 2026», relève un peu des deux: la géopolitique du sport.

Pris de court par une candidature marocaine qu’ils avaient sous-estimée, les Américains semblent faire feu de tout bois pour ne pas voir l’organisation de la Coupe du Monde leur filer entre les doigts… comme en 2010. à partir de là, les faits s’accélèrent.

Le 27 avril dernier, Donald Trump se fendait d’un tweet sulfureux, dans lequel il menaçait les pays qui oseraient apporter leur soutien au Maroc pour accueillir la Coupe du Monde de football en 2026… que convoitent les États-Unis dans le cadre d’une candidature nord-américaine.

Le 1er mai, et alors que l’Afrique, à commencer par les Algériens, était majoritairement partie pour soutenir la candidature marocaine, les relations sont rompues entre Rabat et Téhéran, à l’initiative du Maroc. En cause, un soutien présumé apporté par les Iraniens au Front Polisario, via le Hezbollah… via l’Algérie. Une vive tension diplomatique s’en est suivi entre les deux puissances régionales.

Quelques jours plus tard, l’Afrique du Sud, dont la fédération de football s’était pourtant engagée à soutenir le Maroc «sans condition», fait volte-face en se prononçant en faveur de la candidature nord-américaine. Un coup dur pour les Marocains, dont certains ont crié à la «trahison». Le 17 mai, une délégation de la Confédération africaine de Football (CAF) tentera à Johannesburg de convaincre l’Afrique du Sud de revoir sa position.

​​Une marche arrière suite aux menaces de Trump. Mais la question du Sahara occidental ne rentre-t-elle pas en ligne de compte, quand la ministre sud-africaine évoque des raisons «politiques»?

«Nous sommes très clairs sur le fait que nous ne pouvons pas soutenir le Maroc […] Les structures sportives doivent vraiment comprendre l’agenda politique du pays», a déclaré Tokozile Xasa au journal sud-africain Sunday Times.

L’article mentionnait, dès le premier paragraphe, les relations compliquées entre les deux pays sur fond de l’affaire du Sahara Occidental. Une volonté, ainsi, de la part d’un défenseur inconditionnel de la cause sahraouie, de sanctionner le Maroc? Le géopoliticien du sport, Jean-Baptiste Guégan, n’exclut pas la coexistence des deux facteurs, encore que la motivation principale soit davantage liée, d’après lui, aux pressions américaines.

«Dans ce genre de question, les connexions historiques jouent, évidemment. Il est vrai qu’en l’occurrence, les liens entre l’Afrique du Sud et le Polisario sont solides. C’est un facteur à prendre en considération, mais pas à titre principal. Il peut être avancé d’une façon ou d’une autre, parce qu’on perd moins la face en suggérant une question de principe qu’en avouant avoir cédé à des menaces. Mais je pense que les pressions américaines constituent bien le principal moteur de ce revirement», a analysé pour Sputnik l’auteur de «Géopolitique du sport, une autre explication du Monde».

Céder aux pressions américaines ou à des principes de politique étrangère? Les déserteurs n’auront, ainsi, que l’embarras du choix. Jean-Baptiste Guégan n’écarte pas, pour sa part, que des pays sous influence sud-africaine, principalement ceux de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe), rejoignent Pretoria sur sa position. Par ailleurs,

«La défection pourrait venir d’autres pays qui entretiennent des liens privilégiés avec les États-Unis. Comme le Libéria, ancienne colonie américaine, aujourd’hui dirigé par Weah dont une partie de sa famille se trouve aux États-Unis et dont le fils Timothy, attaquant du PSG, porte le maillot de la sélection américaine», décrypte le géopoliticien français.

Quid du Nigéria, poids lourd de l’Union africaine, de la CAF… Et «accessoirement» soutien historique de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), puisqu’il a été un des premiers à l’avoir reconnue, en novembre 1984? En même temps, ses relations avec le Maroc sont en cours de normalisation, comme en témoigne la récente mise sur les rails d’un gigantesque projet de gazoduc. Par la voix de son ministre des Sports, Abuja a apporté, en janvier dernier, son soutien à la candidature marocaine.

«Le Nigéria est une grande fédération, dont les relations avec l’Afrique du Sud sont aussi marquées d’une certaine rivalité. Je ne suis pas sûr qu’ils veuillent forcément s’aligner sur Pretoria. Mais rien n’est encore tranché », poursuit Guégan.

Le 1er mai, le Président américain demandait à son homologue nigérian, lors d’une conférence de presse commune à Washington, le soutien de son pays à la candidature nord-américaine… En évoquant le soutien économique que Washington était disposé à déployer à Abuja. Un remake, personnalisé, version emmiellée, de son tweet controversé.

Reste la question de l’Algérie, qui a déclaré qu’elle soutiendrait la candidature marocaine. Pour un diplomate nord-africain accrédité à Addis-Abeba, siège de l’Union africaine,

«Les Algériens ne sont pas du genre à faire volte-face ni à céder aux menaces twitto-farfelues de Trump. D’autant plus qu’ils sont tout sauf dépendants d’aides économiques américaines. Après, avec ce qui s’est passé depuis, ce qu’ils ont interprété comme des « provocations » marocaines, peut-être ne faut-il pas s’attendre non plus à ce que, dans les coulisses, les Algériens se mettent à faire du lobbying zélé pour le compte du Maroc.»

De l’art de la litote?

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