L’UE prépare ses adieux aux plastiques à usage unique

Bruxelles va révéler son plan d’attaque contre les plastiques non réutilisables, dont la première version avait reçu un accueil mitigé.

La Commission prévoit de présenter sa proposition sur les plastiques à usage unique avant la fin du mois. Mais une première version de ce qui est considéré comme l’un des piliers de la stratégie sur les plastiques est déjà connue.

La proposition pointe du doigt un certain nombre de produits qui seront concernés par la loi, dont les cotons-tiges, les couverts et les assiettes en plastique ou les pailles.

Quand les commissaires Frans Timmermans et Jyrki Katainen ont présenté la stratégie sur les matières plastiques en janvier, l’exécutif européen a promis de s’attaquer aux produits les plus souvent jetés, surtout ceux que l’on retrouve sur les plages.

Certains produits nommés dans la première version seront exclus du marché européen alors que d’autres seront soumis à des mesures telles qu’un étiquetage plus strict et des exigences au moment de la conception. Par ailleurs, les États membres seront obligés de « réduire de manière significative » la consommation de produits tels que les verres en plastiques.

Les normes d’étiquetage sont censées permettre aux consommateurs de faire de meilleurs choix dans les rayons de supermarché et dans les petits commerces, en affichant clairement sur l’emballage les aspects négatifs du produit pour l’environnement.

Toutefois, la formulation du projet de loi a été remise en question avant même sa présentation. Ariadna Rodrigo, de la Rethink Plastic Alliance, estime que le manque d’objectifs spécifiques signifie que les capitales pourront interpréter le terme « réduction significative » à leur manière.

Elle a toutefois salué le projet de loi en le qualifiant de « bonne première étape », notamment en ce qui concerne la mise en place de différentes mesures pour différents produits. Ariadna Rodrigo a ajouté que la société civile attendrait du Conseil et du Parlement qu’ils améliorent la proposition une fois que celle-ci sera soumise.

Pas juste des interdictions

« La responsabilité élargie des producteurs » est largement présente dans la première version, puisque les États membres devront s’assurer que des systèmes sont mis en place pour obliger les producteurs à couvrir le coût de collecte de certains articles. Une décision politique qui rappelle le principe de « pollueur payeur » du secteur de l’énergie.

Avocate pour ClientEarth, Tatiana Luján salue la proposition de la Commission de rediriger la responsabilité sur les producteurs, mais demande aux eurodéputés de ne « pas laisser la porte ouverte au remplacement des articles jetables par d’autres matériaux ayant leurs propres problèmes, comme les bioplastiques ».

La proposition suggère aussi que les contenants de boissons à usage unique devraient être fabriqués de sorte que les bouchons ou couvercles restent attachés à la bouteille. L’objectif est que 90 % des bouteilles plastiques non réutilisables soient collectées d’ici à 2025.

Les États membres devront donc se pencher sur d’autres objectifs ou compter sur des systèmes de consignes contre remboursement.

Plastics Recyclers Europe s’est réjoui de l’ajout d’un objectif de collecte, en soulignant que les bouteilles plastiques faisaient partie des produits les plus recyclables, devenant la plupart du temps des déchets à cause de « systèmes de collecte non efficaces ».

L’association est toutefois moins positive face à la position actuelle de la Commission sur les plastiques biodégradables à usage unique. Elle regrette un manque de clarté et estime que ces plastiques ne devraient être pas exempts des futures règles à moins que des études scientifiques fiables prouvent le contraire.

La Norvège à l’avant-garde

Oslo, capitale de la Norvège, a coiffé l’UE au poteau la semaine dernière lorsque son maire, Raymond Johansen, a annoncé que la ville deviendrait la première au monde à supprimer les plastiques non réutilisables.

« La municipalité d’Oslo prend les devants en réduisant l’utilisation des plastiques inutiles. Et nous invitons les industries et les organisations à Oslo à un effort communautaire contre la pollution plastique », a-t-il déclaré devant les médias norvégiens.

Mais tout comme la proposition européenne, les projets d’Oslo ont été accueillis avec un certain scepticisme. Le député conservateur Eirik Lae Solberg réclame plus d’ambition et prévient que la formulation « plastique inutile » est trop vague.

Ferran Rosa, de Zero Waste Europe, estime quant à lui que l’annonce est plus un coup marketing qu’un véritable changement systémique et ajoute que les villes devraient vraiment éviter les plastiques à usage unique en promouvant des systèmes de distribution innovants basés sur des articles réutilisables.

Le responsable de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement, Erik Solheim, ministre norvégien de l’Environnement de 2007 à 2012, a quant à lui qualifié l’annonce de « véritable leadership ».

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