La création de dette commune en euro ne convainc personne

La Commission européenne tente de soumettre aux 27 l’idée de création de titres de dette commune, qui auraient un risque zéro selon l’exécutif européen.

L’exécutif de l’UE présentera la semaine prochaine les caractéristiques d’un nouvel actif financier, une genre d’euro-obligation, qui vise à briser le « cercle vicieux » entre les banques et les gouvernements européens.

L’institution travaille sur cette proposition depuis un an et demi. Mais certains États membres s’opposent à toute mutualisation des risques que ce type de produit suppose.

« De manière générale, l’attitude négative du gouvernement fédéral à l’égard des euro-obligations n’a pas changé », avait ainsi déclaré la porte-parole du ministère allemand des Finances, Nadine Kalwey, dans une déclaration faite l’année dernière lors de la présentation du projet.

La Commission insiste sur le fait que les nouveaux titres adossés à des obligations souveraines ne seraient pas vraiment des euro-obligations, car il n’y aurait pas d’émission conjointe.

Le nouvel actif financier serait simplement adossé à un pool de dette des pays de la zone euro, structuré en différentes tranches en fonction de la qualité des obligations.

Aux yeux de la Commission, ce qui change la donne n’est pas le produit en soi, mais son traitement en tant qu’actif sans risque. La proposition comprendrait un cadre réglementaire avec une pondération de risque zéro attachée au nouvel actif.

Les États membres ne sont pas convaincus par l’idée de l’exécutif. Pourtant, pour entrer en vigueur, le nouveau régime réglementaire nécessitera le feu vert du Conseil, ce qui semble mal parti.

Selon un diplomate, tout le monde sait, y compris les pays favorables à une plus grande intégration de la zone euro, que ces nouveaux titres ne fonctionneront pas dans la pratique.

La proposition ne figurait pas à l’ordre du jour de la réunion des ministres de l’Économie de l’Allemagne et de la France, Olaf Scholz et Bruno Le Maire, le 15 mai.

Les deux ministres se sont rencontrés à Berlin afin de préparer le Conseil européen du mois prochain, au cours duquel les dirigeants de l’UE devraient se mettre d’accord sur des propositions visant à renforcer l’union économique et monétaire.

La Commission reconnaît que le succès de la proposition dépend des acteurs financiers. Or, ces derniers semblent partager le scepticisme des gouvernements nationaux.

S’exprimant sous couvert de l’anonymat, les représentants du marché ayant suivi les discussions, ont déclaré que la proposition pourrait fonctionner en théorie, mais que de nombreux obstacles subsistent dans la pratique.

Il s’agit d’une question « très sensible » qui diviserait les États membres, a ajouté une source proche du dossier.

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