Les envahisseurs à tête de marteau sont parmi nous !

POISON. Alerte ! Ils serpentent depuis vingt ans dans notre pays, et nous ne nous en étions pas aperçus. Eux, ce sont les “vers plats à tête en forme de marteau“, pouvant mesurer jusqu’à 40 cm de long, et capables de dissoudre leurs proies en sécrétant un poison redoutable. Insidieusement, ces créatures venues d’Asie pourraient être en train d’éradiquer l’un des acteurs les plus essentiels de notre écosystème, les vers de terre. C’est ce qu’alerte un article publié dans le journal PeerJ, signé par le professeur Jean-Lou Justine du Muséum national d’histoire naturelle de Paris et son équipe franco-australienne. “Probablement arrivés avec le transport de plantes voilà une vingtaine d’années, détaille Jean-Lou Justine, ces animaux sont une menace potentielle à surveiller de près.” De 1999 à 2017, 111 observations citoyennes de ces vers à l’allure singulière ont été faites.

L’attaque du ver plat à tête de marteau… Une vidéo qui fait frémir !

Deux espèces sont principalement sur la sellette : Bipalium kewense et Diversibipalium multilineatum, repérées principalement dans les Pyrénées-Atlantiques et les Alpes-Maritimes. Ces vers sont des prédateurs des animaux présents dans le sol et principalement des vers de terre. Leur arme est une toxine foudroyante surtout connue pour être présente chez certaines espèces de poissons comme le fugu : la tétrodotoxine. Ce neurotoxique extrêmement puissant est secrété par la tête du ver plat. Le modus operandi du prédateur a de quoi faire frémir : d’abord, il immobilise sa proie en s’enroulant autour. Ensuite, il la tue grâce à cette toxine.

Ver plat Bipalium Kewense en train de tuer un ver de terre.

Enfin, il dissout entièrement le corps à l’aide de sécrétions issues du tube digestif. Le ver plat n’a ensuite plus qu’à aspirer le jus d’animal… En outre, ce poison le protège des éventuels prédateurs. “Ce sont de véritables usines chimiques a priori pas très ragoûtantes. En 1892, des scientifiques avaient tenté d’en donner à manger à des poules, raconte Jean-Lou Justine. Au premier essai, pas de problème, le volatile le picore. Mais, d’une part, la poule essaye aussi vite de le recracher. Et d’autre part, elle ne ne se fait pas avoir une deuxième fois…“ 

Autre aspect qui a contribué au succès de cette espèce invasive : son mode de reproduction. En effet, les deux espèces retrouvées en France ont comme particularité d’avoir recours à la scissiparité, c’est-à-dire au clonage: l’animal n’a qu’à se débarrasser d’un petit bout de sa queue pour que celle-ci redonne au bout de dix jours une tête, et au bout de deux semaines, un adulte parfaitement fonctionnel ! Pas besoin de trouver un partenaire sexuel, il se suffit donc à lui-même pour envahir un territoire.

Bipalium Kewense se reproduit par clonage : un bout de queue de 1 à 2 cm se détache. En quinze jours, il sera devenu un adulte complet.

À l’heure actuelle, et faute d’une étude d’impact, impossible de mesurer l’ampleur de la menace. Qui pourrait être d’importance. Car si ces vers perturbent l’équilibre écologique en décimant les lombrics — qui représenteraient jusqu’à 80% de la biomasse des sols —, c’est toute la chaîne alimentaire qui se verrait impactée. Sans vers de terre, plus de brassage du sol, donc plus de plantes, donc plus d’animaux… Dans leurs milieux naturels asiatiques, la menace de ces vers à tête de marteau prête moins à conséquence pour les vers de terre locaux: lorsqu’ils sont attaqués, ils bougent très vite et y échappent. Le résultat d’une cohabitation de plusieurs millions d’années. Rien de tel chez nous où le ver de terre européen ne bouge pas devant cette menace d’un genre nouveau qu’il ne comprend pas. Jean-Lou Justine reste stupéfait par le fait que “des animaux à l’allure aussi singulière n’aient jamais été signalés en deux décennies de présence sur notre territoire!” La présence de ces animaux dangereux étant maintenant avérée, la question est : sera-t-on en mesure de s’en débarrasser…?

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