Rome dénonce «l’hypocrisie» de la France sur l’Aquarius

La présidence du Conseil italien a vivement réagi aux commentaires d’Emmanuel Macron sur la gestion de plus de 600 migrants, ballottés en Méditerranée depuis dimanche sur le navire humanitaire Aquarius. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Le gouvernement italien refuse de recevoir des « leçons hypocrites » de pays comme la France « ayant préféré détourner la tête » sur la question migratoire, a indiqué mardi la présidence du Conseil.

« Les déclarations concernant (le navire humanitaire) Aquarius qui proviennent de la France sont surprenantes », selon cette note, qui souligne que « l’Italie ne peut accepter de leçons hypocrites de pays ayant préféré détourner la tête en matière d’immigration ».

D’abord publié dans les médias italiens, mais non rendu officiellement public, le contenu de cette note a ensuite été confirmé à l’AFP par le Palais Chigi, le siège de la présidence du Conseil. « Le gouvernement italien n’a jamais abandonné ou laissé seules les presque 700 personnes à bord de l’Aquarius », affirme encore cette note

Quelque 629 migrants, ballottés en Méditerranée depuis dimanche sur le navire humanitaire Aquarius, s’apprêtaient à affronter une nouvelle traversée en mer, d’au moins quatre jours, avant de toucher la terre ferme en Espagne après le refus de l’Italie, et de Malte de les accueillir.

Sauvés au large de la Libye entre samedi et dimanche, ces migrants, dont sept femmes enceintes, onze enfants en bas âge et 123 mineurs isolés, vont, pour plus de la moitié d’entre eux, être transférés du navire humanitaire Aquarius vers deux navires italiens. Cette opération a débuté dans l’après-midi avec un premier transbordement de 90 personnes sur un total prévu de 500, a affirmé sur Twitter peu avant 15 h Annelise Borges, de la chaîne de télévision Euronews, la seule journaliste à bord de l’Aquarius.

Critiques françaises

Critiqué pour son silence à propos de l’Aquarius, Emmanuel Macron a fini par dénoncer mardi le « cynisme » et l’« irresponsabilité » de l’Italie mais des voix se sont élevées jusque dans les rangs de la majorité pour déplorer que la France n’ait pas proposé d’accueillir elle-même le bateau chargé de migrants.

« Si un bateau avait la France pour rive la plus proche, il pourrait accoster » en France car « c’est le respect du droit international », a ajouté le président qui a salué le courage de l’Espagne, selon le porte-parole. « La France prend sa part, mais ce qui est inacceptable, c’est le comportement et l’instrumentalisation politique qui en a été faite par le gouvernement italien », a-t-il ajouté.

Emmanuel Macron doit recevoir vendredi le nouveau président du conseil italien Giuseppe Conte afin de préparer le Conseil européen des 28 et 29 juin, en particulier sur la question des migrants.

Leçons de morale

« La France repousse quotidiennement les migrants à Vintimille », sur la frontière franco-italienne, a déclaré de son côté sur Facebook le vice-Premier ministre italien Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 2toiles (M5S, antisystème).

« La France et l’Espagne ont fermé leurs ports depuis longtemps […] Il est embarrassant que des représentants de ces pays viennent faire la morale seulement parce que nous demandons à tous nos partenaires européens de partager avec l’Italie les droits, les devoirs et la solidarité », écrit encore M. Di Maio, qui est également ministre du Développement économique.

L’autre vice-Premier ministre italien, Matteo Salvini, à la manœuvre depuis le début de la crise de l’Aquarius en qualité de ministre de l’Intérieur, a lui aussi déploré les « leçons » françaises. « Le pays le plus en tort par rapport à nous, c’est la France, qui n’a pris jusqu’à présent que 640 migrants quand elle s’était engagée pour 9 610 personnes », a-t-il affirmé lors d’une émission de télévision.

« Au président français je dis, « Emmanuel », si tu as le cœur aussi gros que tu le dis, demain nous te donnerons les 9 000 migrants que tu t’étais engagé à prendre », a-t-il encore assuré. « Vu qu’ils nous donnent des leçons, que les Français se prennent aussi celle-là, de leçon », a encore affirmé Matteo Salvini, qui dirige également le parti de la Ligue (extrême droite).

Rencontre des ministres de l’Intérieur

Gérard Collomb a invité ses homologues italien et espagnol à Paris « dans les prochains jours » pour « approfondir le dialogue » sur les questions migratoires mises en exergue par l’Aquarius, a indiqué mardi le ministère de l’Intérieur dans un communiqué.

Le ministre de l’Intérieur, qui s’est entretenu avec ses homologues espagnol, Fernando Grande Marlaska, et italien, Matteo Salvini, a assuré que « la France se tiendra aux côtés de l’Espagne » à l’arrivée du navire chargé de 629 migrants, « en particulier pour l’accompagnement des demandeurs d’asile en besoin manifeste de protection », selon le communiqué qui ne précise pas la date exacte de la rencontre.

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