Vestager : « Je voudrais rester commissaire à la concurrence »

Certains la verraient bien Présidente de la Commission. Mais la commissaire à la concurrence européenne Margrethe Vestager souhaite continuer son poste. Et se concentrer notamment sur les GAFA.

Margrethe Vestager est la commissaire européenne à la concurrence, responsable de du contrôle des aides d’État et des réglementations antitrust.

Vous avez déclaré récemment être satisfaite des mesures prises par Google suite à l’amende de 2.4 milliards d’euros que lui a infligée la Commission sur l’affaire de ses services d’e-commerce. Les concurrents, eux, font toujours grise mine.

En fait, je n’ai pas dit que j’étais satisfaite, car cela demanderait que nous ayons une vraie décision. Il s’agissait seulement d’énoncer certains faits dans le cadre de la surveillance que nous appliquons aux mesures prises par Google.

Nous disposons actuellement du deuxième rapport de mise en conformité de l’entreprise. Nous sommes très attentifs au système d’enchères que l’entreprise a choisi de mettre sur ses services d’e-commerce. Pour rester neutre, j’ai voulu dire que nous voyons plus de nouveaux concurrents sur les services d’e-commerce de Google, que nous ne voyons de changements.

L’amende de l’UE plombe les résultats de Google

Alphabet, la maison mère de Google, a publié des résultats trimestriels supérieurs aux attentes, mais plombés par l’amende infligée en juin par l’Union européenne pour abus de position dominante.

Quand aurons-nous les conclusions de l’évaluation des mesures prises par Google ?

Nous n’avons pas de date limite, la décision reviendra à ceux qui conduisent actuellement la surveillance de l’entreprise. Mais l’affaire Google est pour nous une priorité.

Une autre décision est attendue sur Google, en lien avec sa plateforme Android….

Le système d’exploitation Android ne nous pose aucun problème. Mais nous soupçonnons que Google l’ait utilisé pour avoir une position dominante sur les plateformes mobiles. C’est un cas de position dominante sur les moteurs de recherche.

Une solution pourrait-elle être que l’outil de recherche de Google ne puisse plus être intégré dans les systèmes d’exploitation Android ?

Je ne vais pas spéculer sur une décision.

Android est l’un des piliers du business de Google. Peut-on s’attendre à une amende au moins équivalente à celle de 2.4 milliards d’euros ?

Je ne peux vous donner aucune précision. Si nous soupçons sont confirmés, alors ce comportement dure depuis un certain temps et, au moment où les gens intégraient de plus en plus le mobile dans leur habitude de recherche, Google aurait utilisé Android pour rester dominant sur le marché des moteurs de recherche.

En dehors de Google, d’autres entreprises numériques accumulent un pouvoir immense. Amazon n’est pas seulement l’acteur dominant du commerce en ligne, mais propose aussi des services web et se développe comme plateforme audiovisuelle. Plusieurs proposent même de l’encadrer comme service public. L’entreprise pourrait-elle abuser de cette position pour contrôler d’autres marchés ?

Nous avons eu une affaire avec Amazon, concernant le marché des livres électroniques. Nous l’avons réglée en deux ans, un délai très rapide pour ce type de procédure. Pour revenir à votre question, je me la pose également. Nous n’avons cependant pas eu d’affaire concernant l’enjeu que vous pointez, et nous n’avons pas non plus reçu de plaintes à ce sujet.

Facebook est également dans le viseur du Parlement européen. Les eurodéputés vous ont demandé d’examiner l’entreprise sous l’angle de la concurrence, et même de scinder l’entreprise de réseau social. Êtes-vous inquiète de son vaste pouvoir ?

Je suis surtout attentive à ce que nous fassions les bons choix. Je voudrais un Facebook pour lequel je paierais chaque mois, mais sans traçage, sans publicité et avec un respect complet de la vie privée. Le marché des réseaux sociaux n’est pas assez exploré. Il commence à l’être en France, mais cela n’est pas encore acté.

Nous n’avons pas d’affaire avec Facebook sur des cas de position dominante. Nous surveillons très étroitement ce qui se passe en Allemagne, où les autorités de la concurrence sont en train d’étudier les interactions entre le droit de la concurrence et la vie privée, pour voir si la position dominante de Facebook en tant que réseau social lui a permis de collecter plus de données de ses utilisateurs qu’il n’y était autorisé.

Regardez-vous cette affaire allemande, pour savoir si vous pourriez vous même en lancer une au niveau européen ? 

Les Allemands jugent cette affaire au regard de leur droit national. Nous portons un fort intérêt au travail de nos collègues, mais nous pensons également que, si Facebook se conforme aux nouvelles règles européennes sur la protection des données personnelles, de tels abus ne peuvent advenir. Selon ces nouvelles règles, les entreprises ne peuvent collecter plus de données qu’elles n’en ont besoin pour fournir leur service.

Vous avez déclaré vouloir continuer en tant que commissaire de la concurrence. Mais on parle de vous comme de la candidate favorite du président français Emmanuel Macron pour prendre la présidence de la Commission. Pensez-vous être prête pour ce poste ? 

Je voudrais beaucoup continuer [en tant que commissaire à la concurrence], car je pense que nous tenons quelque chose. Par ailleurs, il ne faut pas croire tout ce que racontent les journaux.

Faites-vous référence au fait que vous soyez la favorite d’Emmanuel Macron ?

Oui.

Avez-vous déjà eu une conversation avec lui sur votre future ?

Non, et le futur reste le futur. En politique, une année peut valoir une décennie. De nouvelles choses arrivent, les coalitions changent. Le Parlement européen pourrait changer énormément avec les nouvelles élections.

En parlant des élections européennes, le parti français La République En Marche et le parti libéral espagnol Ciudadanos se sont lundi mis d’accord pour lancer une nouvelle plateforme rassemblant les forces « progressistes ». Un développement positif ou un risque de diviser la famille libérale ?

Je pense que cette plateforme est bienvenue. Il est important que les électeurs voient que l’enthousiasme pour utiliser notre démocratie européenne afin d’améliorer nos sociétés se retrouve dans différents pays. Je ne vois pas cette démarche comme contraire au travail mené par l’Alliance des démocrates et des libéraux d’Europe (ADLE).

Des membres de ce groupe pourraient néanmoins être incités à rejoindre la plateforme.

La première et plus importante chose à montrer aux électeurs est qu’il importe qu’ils aillent voter. Ce n’est pas une question de groupes, de partis ou de mouvements, mais plutôt d’un grand centre [de partis politiques] travaillant ensemble pour changer notre démocratie européenne. Nous agissons dans une perspective européenne.

Cette plateforme pourrait-elle vous intéresser ou êtes-vous satisfaite en tant que membre de l’ADLE ?

Je ne vote pas pour un label, mais pour une vision, une mission. Les électeurs n’achètent pas une étiquette, ils se rendent compte qu’ils ont besoin de quelqu’un en qui ils puissent avoir confiance pour faire quelque chose de sensé.

Donc seriez-vous ouverte… ?

Tout le monde devrait l’être, mais pour des raisons évidentes je voterai toujours pour mon propre parti.

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