3 livres d’une bibliothèque danoise empoisonnaient des lecteurs

On se croirait directement plongé au milieu du récit Le Nom de la Rose. Dans ce roman d’Umberto Eco, un livre empoisonné contaminait quiconque le lisait. Pourtant, il s’agit bien d’une histoire réelle cette fois-ci.

Ces trois livres ont été trouvés dans la bibliothèque universitaire de l’Université du Danemark du Sud. Leurs couvertures contenaient de grandes concentrations d’arsenic. Ces livres datent du 16e et 17e siècle et ils traitent tous les trois de l’Histoire.

Les chercheurs ont pu identifier les livres empoisonnés en réalisant une série d’analyses à l’aide de rayons X fluorescents. Ces rayons ont alors pu détecter le poison caché.

Cette technique est très utilisée dans le milieu de l’archéologie et de l’art pour chercher les éléments chimiques qui composent la peinture ou les couleurs.

Comment ces livres ont-ils attiré l’attention des scientifiques ?

Ces livres ont été passés aux rayons X car les bibliothécaires ont découvert que le parchemin utilisé pour la fabrication de la couverture de ces livres provenait directement du Moyen-âge. Et oui, déjà au 16e siècle, on recyclait (il s’agissait surtout d’économiser à l’époque). Ainsi, sur les couvertures, on pouvait lire des extraits de droit romain et de droit canonique.

Les scientifiques ont donc voulu lire ces témoignages directs vieux de 1 000 ans. Mais une couche de peinture avait été rajoutée par-dessus. Les livres ont donc été passés aux rayons X pour faire ressortir les lettres et enfin pouvoir déchiffrer les inscriptions. Les chercheurs voulaient séparer les composés chimiques de l’encre du reste pour faire ressortir les lettres sur le papier.

Un pigment vert mortel

L’analyse a révélé que la peinture contenait de l’arsenic, l’un des éléments les plus toxiques du monde. Une exposition journalière va entraîner divers symptômes et peut causer des cancers. Les scientifiques pensent qu’il a été utilisé sous la forme d’acétate de cuivre.

mains symptome arsenicRéaction de la peau des mains à l’arsenic. Crédits : Anita Ghosh/ reachwater (CC 2,0)

Cet élément a été couramment utilisé à des fins multiples, et surtout comme pigment : la taille des grains influe sur la couleur. Les grains plus gros produisent un vert foncé et les plus petits, un vert plus clair. Le pigment est surtout connu pour son intensité et sa résistance à la décoloration.

La production industrielle du pigment a débuté en Europe au début du 19e siècle. Les peintres impressionnistes et post-impressionnistes ont utilisé différentes versions de celui-ci pour créer leurs peintures. Cela signifie que de nombreuses pièces exposées dans les musées contiennent  le poison.

À son apogée, tous les types de matériaux, même les couvertures de livres et les vêtements, pourraient être revêtus de vert de Paris pour des raisons esthétiques. Un contact continu de la peau avec la substance entraînerait des symptômes significatifs.

Mais au cours de la seconde moitié du 19e siècle, les effets toxiques de la substance étaient plus connus. L’acétate de cuivre cessa d’être utilisé comme pigment. Il fut encore employé comme insecticide et fongicide sur les terres agricoles et dans les jardins jusqu’au milieu du 20e siècle.

Dans le cas des livres, l’utilisation n’est pas esthétique car le pigment est situé dans les couches inférieures du parchemin. On pense que c’est pour sa capacité à repousser les insectes que l’élément s’est retrouvé sur les couvertures.

La bibliothèque garde les livres

Afin de conserver les ouvrages sans risquer d’empoisonner un lecteur, les livres ont été placés dans une armoire aérée (à cause du gaz toxique qui peut se former). De plus, des versions numériques vont être faites pour permettre aux étudiants et aux lecteurs de continuer à consulter les ouvrages.

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