Un premier vaisseau spatial israélien vise la Lune

Une entreprise privée israélienne, SpaceIL, a annoncé mardi 10 juillet 2018 qu’elle projetait de lancer pour la première fois un engin spatial vers la Lune. Si tout se déroule comme prévu, ce vaisseau de 585 kilos sera lancé en décembre 2018 par une fusée de SpaceX, et se posera sur la lune le 13 février 2019, ont indiqué les organisateurs lors d’une conférence de presse à Yehud, proche de Tel-Aviv. Le vaisseau décollera sans astronaute, mais avec un engin robotisé à bord. Une fois sur la Lune, il devra effectuer des recherches sur le champ magnétique lunaire. Les données récoltées seront transmises au centre de contrôle d’Israel Aerospace Indutries (IAI) pendant deux jours avant que son système ne cesse de fonctionner.

Un vieux projet jamais abandonné

En 2007, Google avait lancé un prix (Google Lunar XPtice) qui proposait 30 millions de dollars de récompense pour inciter des scientifiques et des entrepreneurs à mettre au point des missions vers la Lune à un coût relativement faible. Yariv Bash, Kfir Damari et Yonatan Winetraub, trois jeunes scientifiques israéliens avaient décidé de se porter candidats. « Nous nous sommes rencontrés dans un pub et nous avons commencé à discuter », se rappelle Kfir Damari. Le trio a constitué SpaceIL. Ils se sont associés à IAI, le plus grand groupe public israélien, pour concevoir un très petit vaisseau capable de se poser sur la Lune en 2013. « À mesure que nous avancions dans le projet et que des gens se joignaient à nous, nous avons compris sa complexité », a ajouté Kfir Damari.

Un financement inespéré

En janvier 2018, Google a annoncé que le prix ne sera finalement pas attribué, car aucune des cinq équipes finalistes n’était en mesure d’atteindre la Lune avant le 31 mars, date butoir. Mais les jeunes scientifiques ont persévéré. C’est alors qu’un personnage important a croisé la route de SpaceIL : le milliardaire israélien d’origine sud-africaine Morris Kahn. « J’ai pensé qu’il s’agissait d’une grande idée et je leur ai demandé : vous avez de l’argent ? », a raconté Morris Khan. « Ils n’avaient par réellement pensé au coté financier de l’opération ». Le milliardaire leur a d’abord accordé une aide de 100.000 dollars puis sa contribution n’a cessé de croître au point de financer la majeure partie des 95 millions de dollars du projet. Un projet lunaire au prix relativement faible si on le compare aux estimations de coût de la mission Apollo, à l’origine des premiers hommes sur la Lune en 1969 et qui avoisine les 150 milliards de dollars.

Pour Morris Khan, le fait qu’Israël atteigne la Lune, comme les Etats-Unis, la Russie et la Chine, constituerait « un succès énorme » qui « nous donnera un sentiment de fierté dont nous avons réellement besoin ».

« L’avenir de l’humanité est dans l’espace »

« Conquérir l’espace n’est pas seulement un moyen de prouver ses capacités technologiques mais aussi un besoin urgent pour l’espèce humaine qui dilapide rapidement les ressources naturelles de la Terre », souligne Yossi Weiss, directeur général d’IAI. « Nous devons penser à des plans de secours, la Terre rétrécit et l’avenir de l’humanité est dans l’espace », estime-t-il. La mission est censée stimuler la curiosité scientifique des jeunes. « On essaie de reproduire l’effet qu’Apollo a eu aux Etats-Unis », explique Morris Kahn, en référence à la popularité du programme américain. « On dit que les enfants sont excités par l’espace, les robots, les dinosaures. Avec notre vaisseau spatial robotisé, nous avons deux thèmes », sourit Kfir Damari. « Quand on parle du projet à des enfants, on voit des étoiles dans leurs yeux ».

Selon lui, ce projet marque un tournant pour l’industrie spatiale israélienne, jusqu’à présent centrée sur des projets liés à la sécurité, notamment des lancements de satellite. Le projet israélien, qui n’a pas reçu d’aide publique, pourrait également encourager d’autres initiatives privées à se lancer vers l’espace. Envoyer un vaisseau spatial sur la lune à un coût raisonnable, « cela va montrer la voie au reste du monde », prédit Ofer Doron, chef de la division Espace d’IAI.

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