Israël : Un État, une voix


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par Gideon Levy

Après des décennies de gouvernement d’un régime unique qui a réalisé de grandes choses  et a abouti à une impasse, la seule façon de réaliser le changement est de démonter d’abord l’échafaudage sur lequel la structure a été construite.

La gauche sioniste est dans les affres de l’agonie. Peut-être que le général aux cheveux argentés [Benny Gantz, pressenti pour être tête de liste de l’Union sioniste, de « centre-gauche » aux prochaines élections, NdT] peut la sauver, peut-être qu’il devrait attaquer les Haredim [juifs ultra-orthodoxes, NdT] plus vigoureusement, peut-être s’attirer davantage les bonnes grâces des Mizrahim [juifs originaires des pays arabes, NdT], pencher plus à droite – ou peut-être plus à gauche. Peut-être devrait-il appeler à une opération militaire dans la Bande de Gaza, peut-être devrait-il faire quelques apparitions de plus sur les marchés en plein air. Peut-être devrait-il choisir Tzipi Livni, peut-être changer la loi au profit d’Avi Gabbay,ou peut-être  de Tamar Zandberg. Peut-être devrait-il combattre Yair Lapid – ou alors unir ses forces avec lui. Balivernes que tout cela. Il ne sert bien sûr à rien de parler d’une opposition, ni d’une victoire électorale. Derrière les discussions prétendument animées se cache la grande déception de la politique israélienne : Il n’y a pas de véritable opposition. Il y a un totalitarisme idéologique.

Israël est une société d’une seule idée, et l’a toujours été. Comme l’Iran, la Corée du Nord ou l’Union soviétique, sans les régimes terroristes et sans le sang [oui, enfin…NdT]. Avec l’apparence d’un débat, mais dont les limites sont déterminées à l’avance et qui tourne uniquement autour de 50 nuances de l’idéologie dominante. Avec l’apparence de la liberté et de la démocratie, mais avec la délégitimation absolue – et dernièrement, même la criminalisation – de la pensée différente. Le bruit d’une société vivante et pratiquant la controverse, mais uniquement sur la nuance qui la gouvernera, pas sur la couleur. La couleur restera la même, c’est clair. Elle s’appelle le sionisme, et c’est une idéologie dévastatrice.

Ce n’est pas que la gauche sioniste s’est soudainement égarée. Elle est le père fondateur de la voie dominante et elle ne peut pas offrir une voie différente. Et donc elle ne peut que pratiquer la branlette. Dans un bon jour, elle peut revenir au pouvoir, dans un mauvais jour, le perdre, et dans les deux cas, Israël sera gouverné de la même manière, à part quelques changements cosmétiques. Plus d’aide humanitaire ou un peu moins, plus de législation antidémocratique ou un peu moins. Il n’y a pas de raison de se plaindre que tout le monde se bouscule au portillon du dernier grand espoir, comme l’a fait l’ancien chef d’État-major Benny Gantz. Ils sont tous exactement les mêmes.

C’est considéré comme subversif de dire seulement que le sionisme est une idéologie qui pourrait être remplacée, tant le totalitarisme est profond. Comme la vénération de  la dynastie Kim, le sionisme est la seule option permise. Il est difficile de trouver une autre idéologie définie comme n’ayant pas d’alternative légitime, en dehors de celles des régimes totalitaires. Il est également difficile de penser à un régime de liberté avec une idéologie selon laquelle quiconque ne s’y accroche pas est considéré comme un traître. Le communisme était comme ça. Personne n’osait même chuchoter qu’il pourrait y avoir une alternative. En Israël, les camps de travail forcé et la rééducation sont superflus. Essayez de vous définir comme non-sionistes et vous verrez.

Mais la vérité est qu’après des décennies de gouvernement d’un régime unique qui a réalisé de grandes choses et a abouti à une impasse, la seule façon d’obtenir un changement est d’abord de démonter l’échafaudage sur lequel la structure a été construite. Cet échafaudage est abîmé, il l’a toujours été, et nous devons maintenant permettre à la discussion de s’orienter vers son démantèlement. Un pays établi comme Israël peut revenir sur ses fondements et admettre ses malformations congénitales : le sionisme était et est un mouvement ultranationaliste, entaché de racisme, cruel, discriminatoire, oppressif et exerçant la dépossession. Le plus important : il est remplaçable.

Quelques instants avant que la plainte habituelle ne s’élève au sujet de ceux qui veulent la destruction de l’État d’Israël, une chose qui devrait être évidente doit être dite : Il est possible d’avoir un État juste et prospère qui ne soit pas sioniste. Plus, il n’est pas possible d’avoir un État juste qui continue à s’accrocher au sionisme. Tout découle de ça, et ne peut pas être enjolivé : s’il est sioniste, alors il est clair que sa terre n’appartient qu’aux juifs, que l’immigration n’est autorisée qu’aux juifs, l’entrée n’est autorisée qu’aux sionistes. Les non-juifs de cette terre n’ont aucun droit, les demandeurs d’asile seront expulsés, l’occupation n’est pas l’occupation et tout est permis parce que c’est la réalisation d’une promesse divine. On ne peut pas être sioniste sans croire en tout cela. Ce sont les pierres angulaires du sionisme, sans hypocrisie.

Tant qu’il n’est pas légitime de rêver d’une personne, une voix*, comme dans une véritable démocratie, nous aurons un État, une voix. Tant qu’il ne sera pas légitime de le remettre en question, ce sera un État qui n’est ni juste ni libre.

NdT

Le slogan « One man, one vote » (Un homme, une voix), inventé par des syndicalistes britanniques vers 1880, a été un slogan récurrent des mouvements d’émancipation dans les colonies britanniques tout au long du XXème siècle, repris par le mouvement anti-apartheid en Afrique du Sud. Une personne, une voix est sa version politico-linguistiquement correcte.

Source: https://www.haaretz.com/opinion/.premium-one-state-one-vote-1.6246981?=&ts=_1531313905520

Traduit par  Fausto Giudice

Photo: « Nous voulons la paix en Palestine, pas la Palestine en morceaux »: manifestants à Oum El Fahm

via:http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=23765

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