Le microbiote, orchestre de la maladie du foie gras

Les bactéries intestinales provoqueraient l’aggravation de la maladie du foie gras, d’après une étude de l’Inserm en partenariat avec des chercheurs de Londres, Rome et Girone et publiée dans Nature Medicine.

NASH. Aussi appelée NASH (acronyme de stéatohépatite non alcoolique en anglais) ou stéatose hépatique de son nom médical, la maladie du foie gras touche 70 à 80% des personnes souffrant d’obésité et de diabète. Cette accumulation de graisses au niveau du foie conduit à une insuffisance hépatique, avec pour conséquences un risque de développement de cancer et une capacité réduite à filtrer les toxines environnementales et alimentaires. Il n’existe pas de médicament pour traiter la NASH, en dehors d’un régime alimentaire strict ou, dans les cas les plus graves, d’une greffe de foie.

Les « big data » appliquées au microbiote : plus de 3 millions de gènes analysés

Face à cette impasse thérapeutique, le consortium européen (FLORINASH) de chercheurs français, italiens et anglais, a décidé de se pencher sur le rôle des bactéries intestinales, aussi appelées microbiote intestinal, dans la NASH. En effet, de précédentes études avaient déjà expliqué le rôle délétère de ce microbiote dans le développement de l’obésité et du diabète.

Les chercheurs ont donc créé puis colligé les données issues de deux grandes cohortes de 800 hommes et femmes souffrant d’obésité. Parmi celles qui souffraient de la NASH, un sous-groupe plus réduit de femmes obèses (environ une centaine) a fait l’objet d’analyses moléculaires réalisées à partir de biopsies du foie, de prélèvements d’urine et de plasma et de la collection de selles. La grande base de données ainsi constituée a été analysée par l’approche dite « big data », c’est-à-dire par des algorithmes développés par les chercheurs pour identifier des liens logiques entre les données. ”Nous voulions voir si nous pouvions identifier, étape par étape, depuis le microbiote, la succession de mécanismes responsables de la maladie hépatique”, explique dans un communiqué Rémy Burcelin, directeur de recherche à l’Inserm, coordinateur de ces travaux. Ce sont ainsi plus de 3 millions de gènes bactériens qui ont été passés au crible par les algorithmes !

FOIE GRAS SANS GAVAGE. Rémy Burcelin, coordinateur de ces recherches, est également à l’origine d’une méthode utilisant le microbiote pour produire du foie gras de canard sans gavage.

Le microbiote « orchestre » la NASH de trois manières

Les chercheurs aboutissent alors à deux constats. Premièrement, plus la maladie progresse, plus la diversité des gènes microbiens retrouvés diminue, ce qui suggère une réduction de la composition du microbiote avant même que les premiers symptômes n’apparaissent. Deuxièmement, un des composés spécifiques du microbiote, appelé acide phénylacétique, favorise l’accumulation de graisses dans le foie.

Pour vérifier qu’il existe bien un lien de cause à effet, les chercheurs ont donc introduit un microbiote associé à la NASH à des souris saines. Le taux de triglycérides (graisses) a alors augmenté drastiquement dans le foie de ces souris, et les gènes impliqués dans le métabolisme des lipides ont été fortement activés. De même, l’administration d’acide phénylacétique aux souris déclenchait l’accumulation de graisses dans leur foie. Conclusions des chercheurs : selon eux, le microbiote « orchestre trois contributions éventuellement complémentaires » à la NASH dans l’obésité. D’abord, la baisse de la diversité des espèces de bactéries présentes dans le microbiote peut être un facteur entraînant la NASH et une augmentation de la production de certains composés. Ensuite, parmi ces composés se trouve notamment l’acide phénylacétique et d’autres molécules favorisant l’accumulation de lipides dans le foie. Enfin, le microbiote pourrait induire une inflammation des cellules du foie envenimant la maladie.

D’après l’équipe, il serait possible à terme, en manipulant des bactéries du microbiote, d’empêcher les complications hépatiques liées à l’obésité. L’idée est également de pouvoir aboutir au développement d’une nouvelle génération de probiotiques et à une stratégie pharmacologique interférant avec les mécanismes bactériens responsables de l’affection hépatique.

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