Le paracétamol, un médicament pas si anodin

Tout le monde a du paracétamol dans son armoire à pharmacie. Mais mal utilisé, ce médicament peut être dangereux voire mortel, comme le rappelle l’affaire Naomi Musenga. Ainsi, l’intoxication au paracétamol est à l’origine d’une centaine de greffes de foie chaque année. « Le paracétamol, c’est la meilleure et la pire des choses. C’est un médicament anodin, très bien toléré dans 99,999% des cas mais qui devient une arme extrêmement dangereuse quand il est utilisé en dehors des clous« , explique à l’AFP le pharmacologue François Chast. « C’est comme un couteau de cuisine : c’est un outil efficace et sans danger quand on le tient par le manche, mais si on est maladroit, on peut se couper », ajoute-t-il. Doliprane, Dafalgan, Efferalgan… De nombreux médicaments à base de paracétamol sont vendus sans ordonnance et couramment utilisés contre les douleurs et les fièvres. Mais à doses trop élevées, cette substance peut s’attaquer au foie.

NAOMI MUSENGA. La mort de Naomi Musenga le 29 décembre 2017 à 22 ans après avoir été raillée au téléphone par une opératrice du Samu de Strasbourg, est ainsi « la conséquence d’une intoxication au paracétamol absorbé par automédication sur plusieurs jours« , a indiqué mercredi 11 juillet 2018 la procureur de cette ville, Yolande Renzi. « La destruction évolutive des cellules de son foie a emporté une défaillance de l’ensemble de ses organes conduisant rapidement à son décès« , selon Mme Renzi.

Pas plus de 3 grammes par 24 heures

La dose maximale est 3 grammes par 24 heures, en espaçant les prises. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « une dose unique de 10 à 15 grammes suffit à provoquer une nécrose hépatique pouvant être mortelle ». C’est pourquoi le paracétamol est souvent utilisé dans les suicides. « Quand on prend 4 grammes par jour pendant plusieurs jours, en particulier si on consomme de l’alcool en même temps, c’est de nature à provoquer une hépatite médicamenteuse dite fulminante, c’est-à-dire radicale rapidement« , souligne le Pr Chast. Il s’agit d’une urgence, qui nécessite l’administration d’une molécule appelée N-acétylcystéine. Faute de traitement rapide, cette affection du foie peut être fatale. « Chaque année en France, près d’une centaine de transplantations hépatiques (sur environ 1.200 au total, ndlr) sont liées à une intoxication au paracétamol« , déplore le Pr Chast. « C’est une proportion considérable, tout ça pour un mésusage d’un médicament réputé anodin ». Le pharmacologue Jean-Paul Giroud plaide pour une meilleure information du grand public sur les dangers potentiels du paracétamol : « il y a un problème d’information pour lequel je me bats depuis 40 ans, mais on ne peut pas dire que les pouvoirs publics s’en saisissent. C’est à eux d’insister là-dessus ».

PARACETAMOLD’après une étude, outre sa toxicité connue sur le foie, la prise régulière de paracétamol augmenterait également le risque de maladies cardiovasculaires pouvant aller jusqu’à 68 % en cas de consommation de plus de 15 comprimés par semaine. Le risque de développer des problèmes gastro-intestinaux et rénaux est également augmenté en cas de consommation régulière. Pour les problèmes rénaux, le risque serait ainsi multiplié par deux en cas de prise cumulée de plus de 500g de paracétamol au cours de la vie.

« Il existe 200 médicaments contenant du paracétamol »

Et même si on est vigilant, on peut parfois dépasser la dose maximale sans le savoir. « Il existe 200 médicaments qui contiennent du paracétamol, je suis spécialiste des médicaments depuis 50 ans et je suis incapable de tous les citer« , dit à l’AFP le professeur Giroud. « Si vous en prenez deux, par exemple l’un prescrit par un médecin et l’autre en automédication, vous pouvez vous retrouver à des doses supérieures à 4 grammes par jour« , poursuit-il. Une surdose de paracétamol provoque d’abord des « signes discrets d’irritation gastro-intestinale« , selon l’OMS. Ils « sont généralement suivis deux jours plus tard d’anorexie, de nausées, de malaise, de douleurs abdominales, puis de signes progressifs d’insuffisance hépatique et, finalement, de coma hépatique ».

CG avec AFP

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