Les vieux souvenirs seraient cachés, pas perdus

MÉMOIRE. Vous souvenez-vous du jour de votre naissance ? Non (et heureusement). Personne ne se rappelle de ses années bébé. Les premiers souvenirs apparaissent en général aux alentours de trois ou quatre ans. Tout ce qui s’est passé avant est oublié à jamais. Ou pas. En stimulant une zone particulière du cerveau, une équipe de neuroscientifiques de l’Université de Toronto a réussi à « faire remonter à la surface » des souvenirs d’enfance chez des souris. 

« L’amnésie infantile a été attribuée au manque d’outils cognitifs des enfants pour consolider et organiser leurs souvenirs (langage, conscience de soi, théorie de l’esprit) » peut-on lire dans l’étude parue dans Current Biology. Plusieurs articles avaient déjà mis en évidence le fait que la neurogénèse intense (la fabrication de nouveaux neurones) durant les premières années de la vie conduisait à l’amnésie infantile. En effet, tous ces neurones créent de nouvelles connexions qui « éliminent » les connexions plus anciennes, ce qui conduit à la perte de mémoire. Cependant, on ignorait si la perte de mémoire était liée à l’écrasement des souvenirs ou simplement à une diminution de l’accessibilité de l’information. Un problème de stockage ou de récupération ? Les chercheurs viennent d’apporter un élément de réponse. 

Les jeunes souris ne se souviennent de rien

L’amnésie infantile n’existe pas que chez les humains. Le phénomène a été observée chez plusieurs espèces animales, dont les souris. Les scientifiques ont donc enfermé des souriceaux âgées de 17 jours (l’équivalent de trois ans chez les humains) et des adultes de 60 jours dans une cage dont le sol grillagé était électrifié. Des décharges électriques leur étaient infligées au bout de 2, 3, 4, 5 et 6 minutes dans la cage électrique puis elles étaient replacées dans leur propre boîte. Les neuroscientifiques ont choisi d’induire un souvenir de peur aux souris car « il suffit d’une session de quelques minutes pour les conditionner et parce que ça implique l’hippocampe (structure du cerveau qui joue un rôle majeur dans la mémoire)« .

Les souriceaux, comme les humains, ne se rappellent pas des premiers jours de leur vie une fois adultes. (© CC0 Creative Commons)

Une fois que les souris avaient passé cette étape, les chercheurs ont déterminé lesquelles s’en souvenaient et lesquelles avaient tout oublié 1, 15, 30 ou 90 jours plus tard. Pour ce faire, ils ont replacé les souris pendant 5 minutes dans la cage électrifiée et ont observé leurs mouvements. Lorsqu’une souris a peur, elle ne bouge pas, elle est « gelée ». Les jeunes souris qui avaient été électrocutées à l’âge de 17 jours ne montraient aucune peur particulière 15 jours plus tard. Elles ne se rappelaient de leur traumatisme que le lendemain, quand le souvenir était très « frais ». En revanche, les vielles souris s’en souvenaient très bien, même 90 jours plus tard. 

En stimulant les neurones, le souvenir réapparaît

Jusqu’ici, rien de transcendant : les individus ne se rappellent pas de leurs premiers jours de vie. Les scientifiques sont allés plus loin. Ils ont refait la même expérience avec un deuxième lot de souriceaux. Cette fois-ci, ils ont « marqué » les neurones de l’hippocampe qui étaient actifs durant l’établissement du souvenir d’électrocution (juste après). Plusieurs semaines plus tard, quand le souvenir aurait dû avoir disparu, les chercheurs ont stimulé les neurones précédemment marqués grâce à une nouvelle méthode appelée optogénétique qui permet de rendre les neurones sensibles à la lumière et de stimuler spécifiquement un type cellulaire.

Surprise ! Les souris avaient de nouveau peur de la cage, comme si elles n’avaient rien oublié. « La réapparition du souvenir était remarquable », déclare l’auteur principal, Paul Frankland, neurobiologiste du SickKids Research Institute et de l’Université de Toronto. « Ces résultats suggèrent que nos premières expériences ne sont pas complètement oubliées ou effacées du cerveau, mais que nous pouvons les ramener par une stimulation directe. » Avec la stimulation des neurones, les chercheurs ont « dopé » la mémoire des souris.

Les humains identiques aux souris ?

Cependant, le rappel n’était pas parfait : seulement 70% des souris ont semblé reconnaître la cage dans les 15-90 jours suivants. Cette étude met en évidence le fait que l’amnésie infantile est majoritairement due à la diminution de l’accessibilité des souvenirs mais les chercheurs pensent qu’il existe aussi des problèmes de stockage. Bien que les souris subissent, comme les humains, une perte de mémoire infantile, rien ne dit que le cerveau des humains fonctionne comme celui des souris quant à la récupération des « souvenirs égarés ». Les résultats de cette étude sont donc à prendre avec prudence. Mais tout porte à croire que tout est là, tapi dans un coin du cerveau, peut-être même le souvenir du premier jour…

MÉMOIRE. Vous souvenez-vous du jour de votre naissance ? Non (et heureusement). Personne ne se rappelle de ses années bébé. Les premiers souvenirs apparaissent en général aux alentours de trois ou quatre ans. Tout ce qui s’est passé avant est oublié à jamais. Ou pas. En stimulant une zone particulière du cerveau, une équipe de neuroscientifiques de l’Université de Toronto a réussi à « faire remonter à la surface » des souvenirs d’enfance chez des souris.  « L’amnésie infantile a été attribuée au manque d’outils cognitifs des enfants pour consolider et organiser leurs souvenirs (langage, conscience de soi, théorie de l’esprit) » peut-on lire dans l’étude parue dans Current Biology. Plusieurs articles avaient déjà mis en évidence le fait que la neurogénèse intense (la fabrication de nouveaux neurones) durant les premières années de la vie conduisait à l’amnésie infantile. En effet, tous ces neurones créent de nouvelles connexions qui « éliminent » les connexions plus anciennes, ce qui conduit à la perte de mémoire. Cependant, on ignorait si la perte de mémoire était liée à l’écrasement des souvenirs ou simplement à une diminution de l’accessibilité de l’information. Un problème de stockage ou de récupération ? Les chercheurs viennent d’apporter un élément de réponse. 

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