Le sens de la phrase de Poutine sur les suspects de l’affaire Skripal explicité

Alexandre Petrov et Rouslan Bochirov

© REUTERS /

En Russie, beaucoup on tenté de tourner en dérision l’interview accordée par Alexandre Petrov et Rouslan Bochirov. Les Britanniques, au contraire, préfèrent la diffuser en version raccourcie.

On peut encore comprendre ces derniers — mais la suspicion russe paraît excessive. Cela apparaît encore plus clairement quand on se remémore la phrase prononcée par le président russe Vladimir Poutine concernant la situation autour de Bochirov et Petrov: «Cela n’a rien de particulier ni de criminel.»

La principale conclusion à tirer de l’interview des deux «suspects» est qu’il ne faut plus tolérer les éternelles accusations et invectives des Britanniques, écrit le quotidien Vzgliad. Désormais, ils devront dire quelque chose sur le fond. Même si l’on peut regretter que l’apparition de ces deux Russes dans le champ médiatique ait été préalablement annoncée car au final, le Royaume-Uni a eu une journée pour préparer sa réaction.

C’est la même chose avec les Américains, autre moteur des événements. Le correspondant de CNN Matthew Chance, qui vit à Moscou depuis dix ans, a déclaré en direct seulement une heure et demie plus tard que la Russie avait «montré ceux dont elle niait l’existence jusqu’à présent». C’est faux. Personne n’avait nié l’existence de passeports aux noms de Petrov et de Bochirov, mais il y avait des doutes quant à leur identité. Or Matthew Chance parle suffisamment bien russe pour saisir la nuance.

Le gouvernement de Theresa May a atteint une orbite si éloignée qu’il est devenu impossible de revenir en arrière ou de ralentir. L’échec dans l’«affaire Skripal» ne coûterait pas seulement à Theresa May son poste de premier ministre, mais infligerait également un tel préjudice à la réputation du Royaume-Uni dans l’ensemble qu’il devrait être caché du public en tant que phénomène politique. Ils ont impliqué dans cette intrigue la moitié de la planète.

Dans cette situation, toute la machine propagandiste de Londres fera tout (et fait déjà) pour trouver des incohérences dans l’interview de Petrov et de Bochirov. Il est pratiquement certain qu’à l’heure actuelle des dizaines de criminalistes, de spécialistes du russe, de physionomistes et d’anthropologues étudient minutieusement les enregistrements pour trouver des informations compromettantes. Mais dans le premier reportage de Matthew Chance déjà, la traduction en anglais de ce que disaient Petrov et Bochirov était extrêmement maladroite et tordue, dénuée de toute nuance. Parfois en supprimant la moitié de la phrase. Par exemple, Bochirov répond à Margarita Simonian «oui, nous y sommes allés en tant que touristes», alors que les auditeurs de CNN ont seulement entendu «Oui». A première vue, c’est un détail. Mais de cette manière on peut rendre tout le texte méconnaissable.

Par ailleurs, les chances que les faits puissent faire évoluer l’opinion britannique sont pratiquement nulles.

Le point le plus faible dans le récit de Petrov et de Bochirov reste leur aspiration touristique à voir la cathédrale Sainte Marie de Salisbury (il faut reconnaître qu’elle est vraiment magnifique). Tout le reste, dans leurs explications, est logique et structuré, y compris les motifs exacts des deux voyages, l’achat de chaussures, l’hôtel bon marché et d’autres détails. Dans la jurisprudence, cela s’appelle une «explication raisonnable» — qui les disculpe complètement parce que dans un procès l’accusation doit prouver sa position, alors que la défense doit seulement expliquer son comportement de manière logique.

Autrement dit, si la commissaire Cressida Dick dit que ces deux-là sont allés à Salisbury dans l’intention d’empoisonner les Skripal, mais qu’ils affirment s’y être rendus pour voir la cathédrale, sauf que la météo était mauvaise, tout en montrant des photos, la situation devrait être interprétée à leur avantage.

Il faut dire que même si sur la BBC le sujet concernant l’interview de Petrov et de Bochirov se trouve en première position des actualités, il dure moins de 3 minutes et ne cite que le récit sur la nature touristique du voyage et l’intérêt des deux hommes pour l’architecture gothique. Pour l’instant, les 23 minutes restantes de l’interview sont inexistantes pour la presse britannique.

Il faut également mentionner Petrov et Bochirov personnellement.

Il est impossible de jouer un tel spectacle. Ni le théâtre Tchekhov ni l’Académie militaro-diplomatique ne sont capables de créer une image aussi distillée en deux exemplaires.

A commencer par le dévoilement du sens de la phrase de Vladimir Poutine que «cela n’a rien de particulier ni de criminel». Malgré ses efforts, Margarita Simonian n’a pas réussi à faire dire aux deux interviewés comment ils gagnaient leur vie concrètement. Mais d’après le contexte, ils vendent manifestement des produits pour les sportifs et les partisans d’une alimentation saine. Peut-être qu’il existe dans leur activité ou leur mode de vie des nuances qui poussent Petrov et Bochirov à être discrets. Certes, ce n’est qu’une supposition, mais elle explique leur comportement dans l’ensemble et notamment pendant l’interview.

Il est certain qu’un tel type ne convient pas du tout pour un travail professionnel. Qui plus est, ils ne ressemblent pas du tout à des «tueurs de la GRU». Certes, les observations visuelles et une vidéo de 25 minutes ne suffisent pas pour tirer des conclusions et des diagnostics précis. Mais ceux qui sont familiers de la structure sociale de la société russe contemporaine savent que leur caractérisation en tant qu’«entrepreneurs moyens» est très exacte. Une boutique de nuit, le montage de pneus, des produits pour la musculation et la nutrition, mais certainement pas l’académie militaro-diplomatique avec ses approches spécifiques de la résistance physique et du niveau d’éducation.

Et nous ne parlons pas des nombreuses questions qui se posent par rapport à l’enquête britannique. Nous ne parlons pas de la chronologie, de l’action du poison, du nombre de flacons de parfum ni d’autres étrangetés qui détruisent en somme le tableau dressé par les Britanniques. Nous parlons concrètement de Petrov et de Bochirov tels que nous les voyons.

D’ailleurs, Petrov et Bochirov s’obstinent à dire «les Anglais». Des professionnels ne s’exprimeraient jamais ainsi.

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur de l’article repris d’un média russe et traduit dans son intégralité en français.

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