De qui la Palestine est-elle la victime ?

Par Dr Wafik Ibrahim

Les tentatives du président américain Donald Trump de liquider la cause palestinienne et de l’achever, comme on achève les chevaux, entrent dans le cadre de l’alliance stratégique historique de son pays avec l’entité israélienne. C’est une alliance naturelle qui a commencé il y a près de 70 ans et à laquelle la Maison-Blanche est de plus en plus attachée.

Ce que font les Arabes envers la Palestine occupée conduit-il à la préservation de sa cause qui se résume aux données suivantes :

  • L’occupation d’un pays arabe qui a la Mosquée Al-Aqsa en son sein et qui est le berceau du christianisme oriental.
  • L’expulsion de millions de Palestiniens de leur patrie et leur dispersion dans les pays arabes voisins et dans le monde.
  • Ceux qui ont résisté à Gaza, en Cisjordanie et dans les territoires de 1948, ont perdu leur identité après la promulgation de l’État juif et l’ablation de leurs terres par l’augmentation des colonies juives.
  • Ils sont périodiquement soumis à la confiscation de leurs biens, au meurtre et à l’appauvrissement par l’armée d’occupation israélienne.

Que fait Trump et sa politique américaine à la Palestine et comment les Arabes réagissent-ils ?

La politique américaine est constante et soutient aveuglément Israël, surtout depuis les années 1960, mais elle agit perfidement selon la situation arabe. C’est pour ça qu’elle a soutenu la solution de deux États : Israël, d’une part, et la Cisjordanie sans les colonies juives et Gaza, d’autre part. L’un avec Jérusalem-Ouest comme capitale et l’autre avec Jérusalem-Est. Mais elle marchandait secrètement l’annexion de la Cisjordanie à la Jordanie Hachémite et Gaza à l’Egypte, aidée en cela par la série des capitulations égyptienne avec Sadate à Camp David, jordanienne avec Wadi Araba et celle de l’Autorité palestinienne avec Oslo, précédées d’une invasion israélienne du Liban, occupant le sud jusqu’en 2000, année où il a été libéré par la résistance islamique et patriotique.

C’est pourquoi la position américaine est restée ambiguë quant à son appui aux solutions finales. Sa seule base inébranlable est l’armement d’Israël jusqu’aux dents et son soutien matériel, scientifique et économique.

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Il y a un grand changement qui commence à se produire avec le début de l’exécution du plan américain pour envahir à nouveau le Moyen-Orient.

Les Américains n’ont plus besoin de se cacher derrière la diplomatie pernicieuse, d’autant que leur grand projet a commencé à vaciller en Syrie et trébuche en Irak, en Afghanistan et au Yémen, alors qu’ils s’y appuyaient pour consolider leur hégémonie sur les pays arabes et musulmans et liquider définitivement la cause palestinienne.

Mais ce recul les a poussés à rechercher des compensations. Trump a donc lancé des attaques sans précédent pour annihiler la cause palestinienne en commençant par transférer son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem-Est, en reconnaissant la souveraineté d’Israël sur celle-ci, en annulant les contributions de son pays à l’UNRWA et en fermant les bureaux de l’OLP à Washington.

Cette orientation reflète la détermination à annuler le statut de réfugiés de la diaspora palestinienne, encourageant leur implantation dans différents pays ; l’annulation de l’aide à l’UNRWA est une déclaration de révocation du droit des réfugiés à retourner dans leurs foyers. Il s’agit d’une approche américaine mortelle qui veut liquider la cause palestinienne dans son aspect extérieur (les réfugiés) et son aspect intérieur (l’Autorité palestinienne). Cela s’est accompagné par des tentatives américaines, par l’intermédiaire des Égyptiens et des Jordaniens, de propager une nouvelle solution basée sur une confédération entre l’Égypte et Gaza après l’extension de quelques milliers de kilomètres carrés du désert du Sinaï, et confédérer la Cisjordanie avec la Jordanie après la séparation des colonies juives et leur annexion à l’entité juive.

C’est ainsi qu’Israël a été encouragé à déclarer l’État juif, ce qui signifie qu’il considère les Palestiniens de 1948 comme ses hôtes ou des occupants qu’il faut expulser.

Ces décisions américano-israéliennes constituent le troisième couteau qui a pénétré le corps arabe et palestinien : le premier était la Nakba de 1948, le deuxième était la reddition de Camp David et le troisième en 2018 par les décisions Trump et Netanyahu.

Avec quoi les Arabes ont-ils réagi à ces attaques américaines sans précédent ?

Depuis les années 1990, les Américains ont commencé à frapper l’Irak jusqu’à ce qu’ils l’occupent militairement en 2003, tout en lançant des campagnes pour détruire l’Afrique du Nord, la Somalie, Djibouti et la Syrie, assujettissant Egypte comme moyen à utiliser dans les médiations et la mobilisation du Golfe concentrant leur attaque sur l’Iran.

Et ils ont réussi à mobiliser la plupart des pays arabes dans une alliance hostile à Téhéran, au motif que l’Iran est le danger qui menace les Arabes ; ce qui a encouragé les États du Golfe à nouer des alliances avec Israël face à l’ennemi de l’Amérique et d’Israël, incarné par la République islamique d’Iran.

C’est ce que Trump a fait à la Palestine. Est-elle vraiment sa victime ? Quoi qu’il en soit, la Palestine n’est pas tant une victime que la cause d’un peuple combattant qui comptait sur ses frères arabes pour leur soutien politique, militaire et financier, et s’appuyant sur le potentiel des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie.

Mais les Palestiniens ont été surpris par le président Sissi accueillant Netanyahu, alors que les manifestants palestiniens de Gaza se faisaient tuer par l’armée israélienne, et stupéfaits de voir le roi hachémite Abdallah recevant personnellement Netanyahu et célébrant son anniversaire avec lui.

Au niveau des décisions de Trump, qu’ont fait les Arabes ?

A l’exception de la Syrie, confrontée depuis sept ans au pire terrorisme américain, golfique, turc et israélien, et de l’Irak, englué dans des conflits internes et régionaux parrainés par les Etats-Unis, il n’y a eu aucune réaction arabe, aussi pâle soit-elle, aux positions du président américain. L’Arabie Saoudite n’y a pas prêté attention et a même offert à Trump 60 milliards de dollars de deals, tout en poussant à considérer l’Iran comme le premier ennemi des Arabes ; de même que l’ont fait les EAU, le Soudan, le Qatar, Oman, le Koweït et le Maroc.  Tous les Arabes ont été unanimes pour éviter de commenter l’attaque américaine contre la Palestine, et seul le Prince héritier Mohammed bin Salman a osé dire que, par leur politique défaillante, les Palestiniens ont perdu de nombreux projets de solutions et que leur cause est finie.

De même, des dizaines de positions ont été publiées par des responsables et des médias du Golfe qui affirment que leurs pays ne sont plus concernés par la Palestine et qu’ils veulent se concentrer sur la menace iranienne sous prétexte que l’Iran soutient le terrorisme.

Parallèlement, les États du Golfe ont relevé leur niveau de coordination avec l’ennemi israélien, secrètement ou publiquement, de l’aveu même de responsables israéliens qui ont déclaré publiquement que des responsables du Golfe s’étaient rendus à Tel-Aviv plus d’une fois et que des responsables israéliens s’étaient rendus à Abu Dhabi et Riyad des dizaines de fois, selon leurs dires. Aucune des deux parties n’a démenti de telles informations.

Ce qui nous permet de conclure qu’il existe une alliance américano-israélo-golfique qui a abandonné la cause palestinienne, définissant l’Iran comme son principal ennemi et poussant vers la guerre contre lui.

Avec l’appui des Etats-Unis, ceux-là ont réuni les chefs d’état-major de leurs armées pour préparer la formation d’un OTAN arabe, avec la participation de l’Egypte et de la Jordanie, dont l’objectif est de mettre en œuvre les exigences de la politique américaine pour assiéger l’Iran et empêcher toute coopération économique avec lui. Personne ne sera surpris si Israël rejoint cette alliance, parce que l’effondrement arabe a commencé à s’étendre et la honte n’y a plus de place. Ce qui l’intéresse, c’est de satisfaire le maître américain qui protège ses régimes moyenâgeux.

Qu’en est-il maintenant des positions des Palestiniens et des tentatives de Trump de liquider leur cause ? Il y a les Palestiniens de l’Autorité qui semblent avoir été frappés par la poudre ainsi que leurs alliés, représentés par le président Mahmoud Abbas qui, après avoir fait le malade pendant des mois, a refusé la judaïcité d’Israël et le déplacement de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem-Est.

Mais il n’a pas atteint le niveau de la tragédie trumpienne, de peur de perdre sa présidence, ou l’Autorité palestinienne elle-même, qui est une institution faisant valoir l’existence de la Palestine et de son peuple dans le pays et à l’étranger.

Seul Gaza la combattante, en versant son sang, a rejeté la criminalité trumpienne et les Gazaouis ont confronté, et continuent encore, les balles israéliennes, avec pour seules armes leurs mains et leurs torses nus.

La diaspora palestinienne, ainsi que l’Iran, la Syrie, l’Irak et le Hezbollah, ont déclaré être prêts à affronter le complot américain par tous les moyens. N’ont-ils pas vaincu le terrorisme international en Syrie, ce terrorisme soutenu par les Etats-Unis, le Golfe et la Turquie ?

C’est pour ça qu’on peut conclure que la Palestine est la victime de l’Arabie saoudite et de ses alliés du Golfe, d’Égypte et de Jordanie, mais elle ne sombrera pas comme ils le veulent et sa cause demeure par le combat de ses enfants, de la Syrie, du Hezbollah et de l’Iran, qui considèrent la Palestine comme la pièce maitresse du Moyen-Orient, dont la libération est un devoir sacré incombant aux musulmans et aux chrétiens.

Article en arabe : http://www.al-binaa.com/archives/article/196974

traduit par Rania Tahar

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