L’accord militaire entre la Syrie et l’Iran vient renforcer la stratégie russe d’« équilibrage »

Même si bien peu de détails ont été révélés publiquement du nouvel accord militaire conclu à l’occasion du déplacement du ministre de la défense iranien à Damas, le haut commandant de l’armée de la république islamique a déclaré devant la presse qu’« aucune tierce partie ne peut rien changer à la présence de conseillers iraniens en Syrie », clairement en réponse aux exigences agressives émises par les États-Unis et Israël d’un retrait immédiat de Téhéran de la république arabe.

Le président syrien Bachar al-Assad rencontre le ministre de la défense iranien,
Amir Hatami, à Damas, en Syrie,  le 26 août 2018
La position russe sur ce sujet sensible est plus nuancée, mais avait été énoncée sans ambages il y a quelques mois par Alexander Lavrentiev, émissaire spécial en Syrie, qui avait déclaré que l’allocution de mi-mai du président Poutine, selon laquelle « Nous partons du principe que les forces armées étrangères seront retirées du territoire de la république arabe syrienne » intégrait de fait « les Américains, les Turcs, le Hezbollah, et bien sûr, les Iraniens ».
 
Ceci étant dit, la position russe est bien plus délicate et respectueuse de la dignité internationale de l’Iran, après les énormes sacrifices consentis par ce pays pour combattre le terrorisme en Syrie, à l’invitation du gouvernement démocratiquement élu et légitime, comme on l’a vu dans les déclarations de Sergueï Ryabkov, adjoint au ministre des Affaires étrangères, à l’issue des débats entre les conseillers à la sécurité russes et américains à Genève. Voici ses mots exacts :

Nous avons le plus grand respect pour les efforts de l’Iran dans la mise en œuvre de sa propre sécurité et de ses activités, en particulier en Syrie, où l’Iran agit à l’invitation du gouvernement légitime. Pour autant, cela ne signifie pas que d’autres efforts ne puissent être menés dans cette sphère. Nos désaccords avec les Américains sont nombreux concernant cette région. Nos approches sont dans certains cas diamétralement opposées, mais ici également, et ce point est essentiel, l’espace existe pour un dialogue continu sur la Syrie.

Il faut accorder une attention particulière à cette déclaration, et en particulier sur la possibilité de progrès dans la sphère de la présence iranienne en Syrie, malgré son statut légal, et sur l’existence d’un terrain de discussion entre la Russie et les USA à ce sujet. On pourrait interpréter ceci comme une tentative délicate de la Russie de positionner un « équilibre » entre ses intérêts géopolitiques dans la région, surtout en regard de sa volonté de protéger la sécurité d’Israël, et ses intérêts militaires à l’intérieur de la Syrie.
L’encouragement du processus honorable « retrait par phase » de l’armée iranienne de l’ensemble du territoire syrien, comme observé récemment aux alentours du plateau du Golan, renforcerait le partenariat stratégique entre la Russie et Israël, et apporterait une possibilité d’établir une position d’entente avec les USA, pouvant amener à la réduction des sanctions et d’autres pressions asymétriques subies par Moscou, alors qu’en même temps, l’Iran joue un rôle de premier plan dans la lutte contre le terrorisme en Syrie et restera l’un des contributeurs majeurs à la stabilisation post-conflit du pays. L’Armée arabe syrienne apparaît incapable de maintenir la paix à elle seule ; ceci est une observation « politiquement incorrecte » dans certains cercles, mais une observation objective, au vu du besoin continu de Damas de s’appuyer sur l’assistance de l’Iran et même de ses alliés que constituent les milices du Hezbollah pour poursuivre cette tâche importante, qui s’inscrit évidemment également dans les intérêts russes.
Le résultat final est que la Russie accueille de manière naturelle l’accord militaire entre Syrie et Iran, parce qu’elle préfère voir les armées de Téhéran s’occuper du « maintien de la paix » et d’autres missions de stabilisation dans le pays, plutôt que devoir y déployer ses propres hommes ; mais cela ne signifie pas que la position du président Poutine, exprimée il y a quelques mois – comme confirmé et souligné par Lavrentiev – aurait changé, ni que le but final (c’est le mot clé) de Moscou ait dévié de travailler à un « équilibrage » du Moyen Orient, en œuvrant pour un « retrait progressif » honorable de l’Iran, une fois que la situation aura progressé de manière notable.
Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 31 août 2018.
Andrew Korybko ,

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