Dé-dollarisation, priorité du Forum Économique de l’Est de Russie

Le Forum Économique de l’Est s’est tenu à Vladivostok du 11 au 13 septembre. Fondé en 2015, cet événement est devenu une tribune de planification et de lancement de projets visant à renforcer les liens commerciaux dans la région Asie-Pacifique.

Cette année, le Forum a réuni les délégations de plus de 60 pays pour discuter du thème « Extrême-Orient : Élargir l’éventail des possibilités. » Au cours des trois jours, 100 événements commerciaux au total, ont réuni plus de 6000 participants. L’année dernière, le nombre de participants était de 5000, dont 1000 pour la couverture médiatique. Le Forum a rassemblé 723 PDG, 340 étrangers et 383 russes. Près de 80 start-ups d’Asie du Sud-Est ont participé à la réunion.

Cette année, 175 accords, pour un montant total de 2900 milliards de roubles (environ 4,3 milliards de dollars), ont été signés. Par comparaison, en 2017, le montant s’élevait à 2500 milliards de roubles (environ 3,7 milliards de dollars). Les accords incluaient le développement des gisements miniers de Baimsky à Tchoukotka, la construction au Kamchatka d’un terminal gazier pour Novatek LNG, sur la baie de Bechevinskaya, et l’investissement des pays asiatiques dans des projets agricoles en Extrême-Orient russe. Le Fonds d’investissement direct russe (RDIF), le groupe Mail.Ru, Megafon et le chinois Alibaba, ont signé un accord de création d’AliExpress, une coentreprise commerciale. Rosneft et China National Petroleum Corporation ont signé un accord d’exploration pétrolière.

La délégation chinoise était la plus importante (1096 personnes), suivie par la japonaise (570 membres). Parmi les invités figuraient le président de Mongolie et les premiers ministres du Japon et de Corée du Sud. C’était aussi la première fois que le président chinois Xi Jinping assistait à l’événement pour rencontrer son homologue russe. La question de la dé-dollarisation était en tête de l’ordre du jour [décidément, on n’en sort plus ; c’est le serpent de mer, NdT]. Russie et Chine ont réaffirmé l’intérêt qu’elles ont à généraliser le recours aux monnaies nationales dans les accords bilatéraux.

Pendant le Forum, Kirill Dmitriev, le dirigeant de RDIF, a dit que le fonds avait l’intention de n’utiliser que les monnaies nationales dans ses transactions avec la Chine à partir de 2019. Il coopérera avec China Development Bank. La ‘yuanification’ fait des progrès visibles, les contrats à terme sur le brut de Shanghai augmentant de 14%, voire plus, leur part dans les marchés pétroliers. La Chine a signé des accords de commerce en devises nationales avec le Canada et le Qatar.

La tendance à la dé-dollarisation prend de l’ampleur dans le monde entier. De plus en plus de pays souhaitent éviter le dollar. La Russie mène la danse pour se protéger des fluctuations, des tempêtes et de la guerre commerciale et de sanctions menée par les États-Unis. Moscou soutient le commerce sans dollar avec Ankara dans le contexte de la crise de la livre turque. La Turquie est en train de passer du dollar aux règlements en monnaies nationales, y compris dans ses échanges avec la Chine et les autres pays. Bazarder le dollar est le premier objectif sur l’agenda des BRICS. En avril, l’Iran a fait tous ses règlements internationaux en euros.

Les voix appelant à la dé-dollarisation deviennent plus fortes parmi les plus proches alliés européens des États-Unis. En août, le ministre des affaires étrangères d’Allemagne, Heiko Maas, a évoqué la création d’un nouveau réseau de paiement international indépendant des États-Unis. Selon lui, l’Europe ne devrait pas laisser les États-Unis se comporter « comme une épée de Damoclès au-dessus de notre tête et à nos dépens. » Le fonctionnaire veut renforcer l’autonomie européenne, établir des canaux de paiement indépendants en créant un Fonds monétaire européen et en mettant sur pied une sorte de réseau SWIFT indépendant.

Le 12 septembre, lors de la présentation de son programme annuel, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a demandé à l’Union Européenne de favoriser l’euro comme monnaie mondiale pour concurrencer le dollar. Selon lui, « nous devons en faire plus pour permettre à notre monnaie unique de jouer pleinement son rôle sur la scène internationale. » Selon Claude Juncker, « il est absurde que l’Europe paie 80% de sa facture d’importation énergétique, 300 milliards d’euros par an, en dollars, alors qu’à peine 2% environ de notre énergie viennent des États-Unis. » Il souhaite que la série de propositions formulées dans son discours sur l’état de l’union, commence à être mises en œuvre avant les élections européennes de mai.

Dans l’ensemble des transactions commerciales mondiales, 70% sont réglées en dollar, 20% en euro et le reste en yuan et autres devises asiatiques. L’importance de la part du dollar fait que le prix des biens de consommation aux États-Unis est artificiellement bas. La demande de dollars permet de refinancer l’énorme dette à faible taux d’intérêt.

La politique de guerre commerciale et de sanctions des États-Unis a amorcé le mouvement mondial de dé-dollarisation. Prodiguer des mesures punitives en guise de politique étrangère, équivaut à se tirer un missile dans le fondement. Cela amène des réactions négatives qui sapent le statut de monnaie de réserve mondiale du dollar – qui est le fondement de la puissance économique des États-Unis. Avec sa politique belliqueuse, le monde étasunien se mine au lieu de se renforcer.

Strategic Culture Foundation, Arkady Savitsky

Original:www.strategic-culture.org/news/2018/09/15/russia-eastern-economic-forum-wrap-up-de-dollarization-tops-agenda.html
Traduction Petrus Lombard

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