Le biais sexuel des essais précliniques nuit à l’efficacité des médicaments

DESEQUILIBRE. Il faut la parité chez les souris de laboratoire ! En effet, la plupart des souris utilisées pour la recherche scientifique sont des mâles. Or, une équipe de chercheurs démontre dans la revue Cell Reports que le système immunitaire des souris mâles et celui des femelles fonctionnent différemment. Cette découverte suggère que les traitements destinés à diverses affections neurologiques pourraient être moins efficaces pour les femmes et que le dosage des médicaments devrait être ajusté en fonction du genre du patient.

Le système nerveux central est la partie du système nerveux qui comprend l’encéphale et la moelle épinière. C’est lui qui coordonne les commandes motrices et qui permet à l’organisme de réagir à un stimulus. Pour le défendre contre des agents pathogènes (bactéries, virus et autres micro-organismes susceptibles de provoquer des maladies) ou une blessure, des cellules dites « gliales » le surveillent constamment. Elles forment la microglie. Lorsqu’elles détectent une attaque, ces cellules se précipitent vers le point de détresse et tentent de phagocyter les agents pathogènes.

Jusqu’à maintenant, les différences entre le système immunitaire des mâles et des femelles étaient peu étudiées. Toutefois, quelques travaux suggéraient déjà que celui-ci variait selon le genre et que ce phénomène pouvait biaiser les résultats de la recherche scientifique. Les chercheurs du Centre Max Delbrück pour la Médecine Moléculaire (MDC), situé à Berlin, ont confirmé cette hypothèse chez des souris. D’après leur étude, les souris mâles ont davantage de microglie que les femelles dans certaines zones du cerveau (l’hippocampe et le cortex). De plus, les corps cellulaires (autrement dit les régions entourant le noyau) des cellules immunitaires cérébrales des mâles sont plus gros que leurs homologues du sexe opposé. Mais ce n’est pas tout. Outre la structure des cellules gliales, leur façon d’agir diffère aussi selon le genre du rongeur.

Les cellules des mâles sont plus réactives… et « têtes brûlées » !

L’équipe a non seulement déterminé quels gènes étaient actifs dans les cellules mâles et femelles mais également quelles protéines étaient produites par ces gènes. « Nous avons identifié plus de 1.000 gènes et 300 à 400 protéines qui sont régulés différemment selon le sexe, a déclaré le Docteur Susanne Wolf, auteur principal de l’étude et chercheur dans le laboratoire de neurosciences cellulaires du MDC. La microglie des animaux mâles semble être en permanence à l’affût, prête à frapper et à maintenir l’ordre. » En contrepartie, les cellules gliales masculines semblent s’épuiser plus rapidement en raison de leur vigilance constante, expliquent les chercheurs dans leur article.

Si le système immunitaire des mâles est plus réactif, celui des femelles a aussi ses avantages. « Dans les cellules féminines, les protéines et les gènes responsables de la protection des cellules, tels que les gènes de réparation de l’ADN, sont plus actifs, explique le Dr Wolf. En revanche, dans les cellules mâles, nous observons une activité accrue des gènes impliqués dans l’initiation de la mort cellulaire programmée. » En d’autres termes, cela signifie que la microglie masculine pourrait être moins protégée contre les attaques environnementales et activerait plus rapidement le programme de suicide cellulaire. Les cellules masculines sont donc plus enclines à prendre des risques en réagissant plus vite, quitte à se mettre parfois en danger. En conséquence, les résultats basés sur des études utilisant des souris mâles pourraient sous-estimer la force des doses nécessaires pour obtenir le même effet chez les femmes que chez les hommes lors de l’élaboration d’un médicament. Selon les experts, cela pourrait avoir un impact considérable sur le développement de nouveaux traitements. 

Les femelles seraient trop variables

En 2011, une étude pointait déjà du doigt le biais sexuel existant dans la recherche scientifique. Annaliese Beery et Irving Zucker, les deux auteurs, soulignaient le fait que dans 80% des disciplines biologiques, les chercheurs utilisent majoritairement des rongeurs mâles. Et c’est en neurosciences que ce biais est le plus important puisque près de 85% des études se basent uniquement sur des mâles. Les Instituts américains de la santé (NIH) avaient imposé l’inscription des femmes à des essais cliniques en 1993 mais aucune initiative similaire n’existe pour encourager la recherche sur les animaux femelles.

Janine A. Clayton et Francis S. Collins, directeurs du NIH, ont publié en 2014 une tribune dans la prestigieuse revue Nature pour dénoncer ce biais et avertir des conséquences que cela pouvait engendrer, notamment pour l’élaboration des médicaments. Les deux scientifiques y expliquent que les chercheurs utilisent préférentiellement des souris mâles pour les essais précliniques parce que le métabolisme des femelles serait trop variable pour isoler les effets d’un traitement car il est soumis au cycle ovarien. « Mais pour la plupart des applications, les souris femelles testées tout au long de leurs cycles hormonaux ne présentent pas plus de variabilité que les mâles, tempéraient-ils. La convention est une autre raison probable de s’appuyer sur les modèles exclusivement masculins qui ont été typiques dans de nombreux domaines de recherche pendant des décennies. La méconnaissance de l’ampleur potentielle de l’effet du sexe sur les résultats mesurés est susceptible de perpétuer cet angle mort », prévenaient les deux experts.

« Nous recommandons que, lorsqu’un seul sexe est étudié, cela soit indiqué dans les titres des articles et que les organismes de financement privilégient les propositions qui étudient les deux sexes et analysent les données par sexe » déclaraient Annaliese Beery et Irving Zucker. Espérons qu’ils soient entendus.

DESEQUILIBRE. Il faut la parité chez les souris de laboratoire ! En effet, la plupart des souris utilisées pour la recherche scientifique sont des mâles. Or, une équipe de chercheurs démontre dans la revue Cell Reports que le système immunitaire des souris mâles et celui des femelles fonctionnent différemment. Cette découverte suggère que les traitements destinés à diverses affections neurologiques pourraient être moins efficaces pour les femmes et que le dosage des médicaments devrait être ajusté en fonction du genre du patient.

Le système nerveux central est la partie du système nerveux qui comprend l’encéphale et la moelle épinière. C’est lui qui coordonne les commandes motrices et qui permet à l’organisme de réagir à un stimulus. Pour le défendre contre des agents pathogènes (bactéries, virus et autres micro-organismes susceptibles de provoquer des maladies) ou une blessure, des cellules dites « gliales » le surveillent constamment. Elles forment la microglie. Lorsqu’elles détectent une attaque, ces cellules se précipitent vers le point de détresse et tentent de phagocyter les agents pathogènes.

Jusqu’à maintenant, les différences entre le système immunitaire des mâles et des femelles étaient peu étudiées.

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